dimanche 8 mars 2026

Les toqués de TikTok : les coachs de vie



Quand on scrolle sur TikTok, il faut bien avoir en tête que si l’on prend le risque d’accorder une pause à son pouce meurtri, l’algorithme fait en sorte de te proposer par la suite, d’autres contenus similaires et tu n’es pas prêt.e de t’en débarrasser. 

J’ai fait récemment le test avec une vidéo de ce que l’on pourrait appeler du coaching de vie. Je suis à présent envahie sur mon fil, d’une dizaine d’amis bienveillants inconnus qui reviennent sans cesse sur mon écran et semblent vouloir prendre soin de mon MOI. Il s’agit souvent d’un homme ou d’une femme qui va s’adresser à toi, en gros plan face caméra, avec une voix emprunte d'une douceur débordante. Il va te tutoyer d’emblée, pour sans doute rentrer en totale connexion avec "ton TOI profond". 

Ne te laisse pas déstabiliser par cette petite boule de poils que cette personne tient entre son index et son pouce, ce n’est qu’un petit micro qui ajoute à ses propos une touffe de ridicule. Concentre-toi, sur son message :  

"Si tu veux comprendre ton pourquoi", 

"Sois alignée avec toi-même"

"Fais un reset mental", 

"Prends soin de ton mindset",

"Tu es une belle personne",

Et mon préféré : "Tu sais, la vie est super simple mais elle est difficile." 


Ne t’attarde pas non plus sur l’arrière plan de la vidéo qui peut être perturbante ; une pièce de vie pas forcément rangée (même si le coach vante ses mérites de mettre de l’ordre dans tes pensées), l’intérieur étriqué d’une voiture bas de plafond (sensation de claustrophobie garantie), un rayon de charcuterie dans un supermarché (tu réalises que tu as oublié le rôti de porc pour Belle-Maman) ; le coach de vie peut te délivrer ses précieux messages depuis n’importe quel endroit. Le coach cuisine souvent aussi, pour te proposer en même temps que ses bons conseils, une salade de quinoa et de graines de chia (sans s), tellement bon pour ton  bien-être intérieur profond. 


Le coach te comprend tellement, qu’il ne manquera pas de te le préciser d’emblée, tête penchée sur le côté, en faisant une pause entre chaque bout de phrase prononcé : "tu sais / moi aussi / je suis passée par là". Puis il déroule sa démonstration en s’emballant parfois, comme dépassé par ses propres mots qu’il veut absolument placer : 

"Cultive la gratitude", 

"Laisse le flow aller",

"Et c’est OK",

"Il faut savoir revenir à l’essentiel", 

"Si tu fais confiance au processus / ce qui est supposé être / sera"  

Et c’est là que la marmotte met le chocolat dans le papier c’est bien ça ?


Concernant le fond sonore, on est souvent sur une musiquette apaisante à base de piano dans 99% des cas, ou le bruit des cigales d’une coach ultra bronzée en débardeur coloré, qui t’explique depuis une plage des Caraïbes "qu’il faut savoir sourire à la vie", toi qui es coincé.e dans un RER bondé à l’arrêt sous un tunnel depuis 40 minutes. 


Sur ces mots pleins de sens absolu, "Prenez soin de vous", "Je vous envoie toute ma tendresse", et n’oubliez-pas : "Soyez-vous mêmes, les autres sont déjà pris"-Oscar Wilde.

samedi 3 janvier 2026

Débris de mots



L’écriture d’un texte c’est comme une envie de cuisiner, d’appliquer une recette pas forcément compliquée. La qualité gustative d’une entrée, d’un plat ou d’un dessert, ne se mesure pas au degré de difficulté de la préparation. 

Ecrire c’est utiliser des mots qui constituent les ingrédients, ajouter de la ponctuation pour procéder à l’assaisonnement, raconter une histoire pour réveiller les papilles de curiosité. D’ailleurs ne dit-on pas souvent qu’il s’agit d’une simple histoire de goûts ?  

Comme en cuisine, inutile d’employer des mots compliqués, c’est une question d’assemblage, de dosage. Mais, comble du comble, il est parfois préférable de ne pas suivre une recette à la lettre  pour pouvoir y apporter la signature personnelle du Chef écrivain qui fera toute la différence.

Il faut savoir peser ses mots, le fameux poids des mots, pour éviter que le texte soit trop lourd ou a contrario insipide et sans saveur, provocant chez le lecteur un sentiment d'ennui excessif et de surcroit déceptif… 


Un texte se mijote dans la cocotte du cerveau, lentement mais sûrement. Rectifier, corriger, ajuster, sont des étapes à respecter. Evitez avant toute chose de presser les mots, laissez-les s’épanouir dans des effluves d’idées neuves.

Une fois les mots à la bouche, il suffit de les coucher sur une page blanche comme pour obtenir ainsi, un délicat feuilleté de phrases aux détails croustillants.


Le point final est posé, le texte est terminé, il ne reste plus qu’à déguster et le consommer à foison sans aucune mots dération.