dimanche 13 septembre 2026

Privilég'Yeu




Je reviens de 3 semaines passées à l’île d’Yeu en ayant eu le privilège d’y être encore présente la semaine de la Rentrée. En l’espace d’un week-end, l’île a subi une métamorphose aussi brutale qu’appréciable. 

Durant la dernière semaine des vacances scolaires, il y avait dans l’air iodé comme un climat de saturation : 

  • entre deux averses, les plages s’éteignaient et se rallumaient au bon vouloir d’un soleil intensément chahuté par des hordes de nuages facétieux,
  • les girouettes des maisons ne savaient plus où donner de la flèche, 
  • les orages tournaient autour de l’ile en déployant la nuit, un festival de sons et lumières éphémères éclairant les façades des maisons endormies.  
On aurait dit que la météo incitait les vacanciers à rejoindre le continent sans regret, comme si elle adressait à cette vague humaine, la recommandation de se retirer pour de bon : "Allez maintenant il est temps de partir et de rentrer chez vous". 

Et puis il y a ceux qui restent, et qui dès le dimanche 30 août, sont témoins du retour au calme, comme si après un marathon de deux mois, l’île récupérait son souffle et respirait enfin m’YEU. 

Les flèches des girouettes stabilisent leur direction vers l’Ouest, le temps se remet au beau pour célébrer cette semaine de rentrée, en toute sérénité.


Sur le port, quelle que soit l’heure de la journée, les terrasses des cafés ne sont plus surchargées et les touristes de fin de saison peuvent choisir leurs emplacements : côté rue pour sentir la vie du port qui reprend son rythme de croisière ; côté quai pour admirer les bateaux et leurs reflets colorés dans une eau qui semble également apaisée. Les parcs à vélo sont désormais accessibles  ce qui rend plus rapide l’identification des montures cadenassés. La circulation est moins dense ; les serveurs et serveuses des cafés, munis de leurs plateaux chargés de petits-déjeuners toniques, peuvent à présent traverser la route en toute sécurité.


A l’emplacement du marché, en ce début de semaine, la plupart des échoppes fait l’école buissonnière mais quelques bons élèves persévèrent pour offrir à nos papilles, des saveurs locales, gourmandes et fruitées. A la Maison de la Presse, les livres sont moins feuilletés et les files d’attente se raccourcissent pour le plus grand bonheur du personnel qui peut mettre un point final au chapitre de l’été. 


La baisse de fréquentation de la boulangerie du Port a réduit la production des baguettes Terron et la file dédiée aux islais n’est maintenant plus utile.

Aux deux extrémités de Port-Joinville, Intermarché et Super U modifient leurs horaires pour offrir à leur personnel, une promotion de dimanches entiers d’un repos bien mérité.


Saint-Sauveur s’est vidé, les tables de Chez Tintin sont partiellement occupées. 

Les rues semblent désertes, les maisons ont pour beaucoup, leurs paupières de volets fermées pour une durée indéterminée. 


Les balades à vélo sont des moments de bien-être : la fraîcheur est revenue et tonifie les trajets, avec parfois des bouffées d’air parfumé par les figuiers des propriétés souvent fermées. 


Les coefficients des marées se font plus puissants pour lessiver les plages de la saison qui s’achève. Au bord de l’eau, les petites têtes blondes sont moins nombreuses au profit de têtes un peu plus grisonnantes. Seuls les enfants de l’île peuvent savourer le privilège d’une baignade post rentrée. Les parents qui ont pu débaucher, se sacrifient pour les accompagner et discuter du règlement intérieur qui cette année a changé. 


La température de l’eau restée cristalline tout l’été, fait le bonheur des baigneurs qui profitent des anses et baies désertées : les Sabias, les Sapins, la Baie Profonde ou Les Soux, offrent un décor paradisiaque pour les Robinsons vacanciers. Le soleil est encore là mais la chaleur de ses rayons se fait plus douce sur les corps uniformément bronzés.


Les lumières que nos yeux captent au fil de la journée, sont aussi plus poudrées : la réverbération des façades blanches est maintenant supportable et sur la côte sauvage, Ker Daniau comme Les Sables-Rouis ont des rivages encore plus dorés caramélisés. Alors qu’à la pointe des Corbeaux, le lever du soleil rend le ciel orangé, les nuages au coucher, prennent des reflets rosés, juste avant que la nuit surprenne en s’installant plus tôt.


Ainsi va la semaine de rentrée sur l’île d’Yeu : un cartable rempli à craquer de souvenirs privilégiés car riches en fournitures d’apaisement, de douceur et de lumières qu’on aimerait colorier encore un peu plus longuement.


Merv’YEUsement vôtre