samedi 10 mars 2018

Speed reading ou jamais sans mon livre #3




Force est de constater que mes articles concernant mes goûts et commentaires littéraires, sont loin de susciter autant d’intérêt qu’un post qui parle de mes états d’âmes ou de mes coups de gueules journaliers. J’ai malgré tout décidé de continuer cette rubrique, ne serait-ce que pour ma propre personne, pour tout simplement ne pas oublier ce que je lis et ressens en parcourant ces lignes d’écritures multiples et variées.
J’ai décidé de vous épargner mon "regard" sur les livres que je n’ai pas aimés, non seulement par respect envers les écrivains dont j’admire la profession mais surtout parce que mon désintérêt ou mon jugement littéraire négatif, est loin de constituer une référence universelle.
 

La PROMESSE DE L’aube - ROMAIN GARY

Merci au 7ème art d’avoir porté cette œuvre sur les écrans. Pour ma part, écouter l’acteur Pierre Niney parler de son personnage Romain Gary, m’a donné une envie folle de lire ce livre. De cet auteur je ne connaissais rien si ce n’est le livre lu dans ma jeunesse, "La vie devant soi" d’Emile Ajar. A l’époque je me souviens, je ne comprenais pas l’intérêt des pseudos. Maintenant moi-même à l’aube d’une reconnaissance universelle voire interplanétaire, je mesure l’importance de conserver mon anonymat.
Je n’imaginais pas Romain Gary si drôle, maniant l’autodérision avec une puissante dextérité. Certaines scènes sont délicieusement comiques : sa démonstration de tennis devant le roi de Suède, sa passion gustative des cornichons à la russe, sa consommation démesurée de croissants et la description qu’il en fait, est à l’image du ton de ce livre, un mélange d’extravagance, d’excès de tout et d’une tendre naïveté : "j’ai conservé une très grande tendresse pour les croissants. Je trouve que leur forme, leur croustillance, leur bonne chaleur, ont quelque chose de sympathique et d’amical."
Mais ce livre est avant tout un hommage à sa maman : cette femme prête à tout pour subvenir aux besoins de leur vie courante, devrais-je dire, de la vie de son fils, son unique raison d’exister, de se battre au quotidien seule et de porter son enfant dans la lumière d’une reconnaissance. Grande gueule et fumeuse de gitanes,  ayant le sens des affaires plus ou moins honnêtes, elle possède des idées de carrières pour son fils plus prestigieuses les unes que les autres. Elle est attendrissante sans doute étouffante et l’on mesure distinctement que son côté autoritaire et sans concession a pesé lourd sur l’éducation de son enfant. C’était une femme au caractère volontaire, porté par une vitalité, un courage admirable et source d’une inspiration pour son fils, qu’elle n’aurait pas imaginé.
 

LA PORTE – MAGDA SZABO

C’est avant tout la couverture du livre qui a attiré mon regard. Tout simplement parce que je trouve les portes photogéniques et tellement symboliques : un mélange entre le mystère de ce que l’on est susceptible de trouver derrière et le témoignage de l’Histoire, du temps qui passe, avec ses boiseries d’une époque et ses poignées à loquet.
La narratrice raconte ses relations avec sa domestique qui resta chez eux pendant vingt ans. Tout l’intérêt du livre repose sur cette femme qui malgré sa fonction, revendique sa liberté de faire son travail comme elle l’entend, sans hésiter à montrer de manière parfois violente et étonnante son mécontentement envers ses patrons. Plus le lecteur avance dans l’histoire, plus il sent l’emprise de la domestique sur le couple qui l’emploie. C’est psychologiquement déroutant. Tout pourrait se résumer dans cette phrase : "c’est elle qui réglementait notre relation et elle en réglait le thermostat avec économie et rationalité".
Ah j’allais oublier, habitant dans le même immeuble que ses patrons, elle refuse à quiconque, l’accès à son domicile…

LE SEL DE LA VIE – FRANCOISE heritier

J’ai découvert cet auteur dans l’émission "La grande Librairie", une anthropologue renommée avant tout et amoureuse des mots. Cette femme en fauteuil roulant sur le plateau semblait malgré tout, extraordinairement pleine de vie, rayonnante lorsqu’elle nous parlait de son amour pour l’existence. Quelques jours après l’enregistrement de l’émission, elle quittait ce monde en toute discrétion mais avec un formidable cadeau "Le sel de la vie" et certainement d’autres œuvres qui font partie de "la liste de mes envies"...
Ce livre est étonnant car comme elle l’explique dans les premières pages, "c’est une énumération qui suit, une simple liste, en une seule grande phrase […]. Il s’agit de sensations, de perceptions d’émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions parfois et même de peine, bien que mon esprit se soit tourné vers les moments lumineux de l’existence."
Vous l’aurez compris enfin je l’espère, ce livre fait du Bien, c’est une bouffée d’oxygène ; il donne envie au lecteur de lister SON sel de SA vie. En tout cas pour ma part, je compte bien tenter l’exercice pour  ce qu’il procure en souvenirs et pour encore mieux prendre conscience, de tous ces moments de l’existence qui rendent unique notre passage sur cette planète.
 

L’AUTRE QU’on adorait – catherine CUSSET

J’ai presqu’envie d’en écrire le moins possible pour vous laisser découvrir ce livre d’une intensité particulière. Si vous lisez la quatrième de couverture, vous aurez sans doute tendance à vous dire :"oh bein ça n’a pas l’air très drôle cette histoire". C’est vrai puisque dès les premières pages, on comprend que le personnage principal connait une fin tragique. Mais ce n’est pas l’intérêt du livre. C’est la manière dont la narratrice qui a connu cet homme, fait un flash-back sur sa vie en s’adressant à lui directement et toujours au présent : "je ne peux pas dire autre chose que "tu". "il" est trop distant, comme si je parlais de toi à un autre. "il" te tue encore un peu plus".
On découvre au fil des pages, un jeune homme plein de vie, de rêves, d’illusions, "un jouisseurs qui aime le vin et la littérature, la chair, la bonne chère et les concepts". On avance au Présent, dans sa découverte de New-York, son intégration, ses conquêtes amoureuses, ses copains, son rapport avec l’autorité, ses ambitions professionnelles mais aussi ses erreurs et parfois sa paresse.  Au-delà de l’intérêt que suscite cette forte personnalité, les descriptions faites de New-York et de ses environs, donnent envie de découvrir cette ville aux multiples facettes ou bien d’y retourner.
Ce livre est fort, puissant, à la hauteur sans doute de ce personnage que l’on aurait aimé rencontrer.

lundi 5 mars 2018

La semaine dernière en 7 mots (ou expressions) #48





Semaine de vacances avec quelques jours passés en Normandie au www.forgeshotel.com, lieu que je recommande pour se reposer, laisser les enfants au miniclub ou club ado, profiter de buffets somptueux et revenir avec quelques tonnes en sus.


Lundi : T’AS PAS HONTE ?!!
T’as pas honte de gagner une bouteille de champagne à un quizz en trouvant toutes les réponses sur ton téléphone alors qu’il était interdit de s’en servir ?
Plusieurs réponses possibles :
Réponse A : trop pas / Réponse B : NSP / Réponse C : bein c’est du champagne quand même
Mardi : RESSENTI
Si les mots avaient une conscience, il faudrait ouvrir une cellule psychologique pour aider le mot "ressenti" à passer du statut de mot anonyme à celui de STAR, étant donné le nombre incalculable de fois qu’il aura été utilisé dans tous les média.
Mercredi : COUP DE BOULES
Qui peut expliquer une bonne fois pour toute à la gente masculine qui croit se gratter l’entrejambe en toute discrétion, que c’est une vue de l’esprit et de surcroît une vue abjecte (juste).
Jeudi : WATERPOUFFE
Dis donc Jennifer aux gros seins qui te la pètes au bord de la piscine, pas très sympa ton mec de ne pas te prévenir que ton rimmel a coulé grave et que tu ressembles encore plus à une vache.
Vendredi : TEINTAMARRE
Définition Steser : dans un salon de coiffure, action de refaire faire une couleur à la fin du brushing car elle ne donne pas entière satisfaction à la cliente que je suis et passer ainsi du statut de VIP à celui de VIC (Very important Chieuse).
Samedi : HAUTES ÉTUDES LITTÉRAIRES EN PRÉVISION …
Question posée à Watson :"Quel âge as-tu Watson ?
Réponse : J’ai 19 ans et j’vais à la FNAC"
Dimanche : KITCHEN BAZAR
Deux heures ce matin pour ranger la cuisine après un dîner la veille de…4 personnes, belle performance.

mardi 20 février 2018

La semaine dernière en 7 mots (ou expressions) #47


Lundi : DIFFUSEUR DE BONNE HUMEUR
Watson a cette faculté de ne jamais grincher au réveil quelle que soit l’heure matinale. Et là Je vous entends déjà me dire "profites en, ça va pas durer" et je me permettrais de renchérir "surtout vu le potentiel de son père…"
Mardi : JAMBON
Watson : Maman c’est quoi du jambon à l’effouré ?
Moi : c’est sans doute du jambon à l’étouffé mais version Watson.
Mercredi : FUCKING WORDS
Devinette : quelle est la caractéristique première du consultant qui se la raconte (pléonasme) : c’est d’employer des mots anglais alors que les mots français sont explicites.
Ex : "Charlie tu peux te charger du rewording ?
Moi : You mean la reformulation ?"
Jeudi : E.T (EXTRA-TERRESTRE) DANS RER
Je suis assise en face d’une femme d’une cinquantaine d’années, pourvue d’un casque de musique blanc surdimensionné, d’un sac avec une grosse tête de mort dessinée dessus, en train de tricoter une écharpe en toute décontraction. #cherchezlerreur
Vendredi : ENCORE ENCORE !
Collègue déjà citée à plusieurs reprises et qui je pense détient la médaille d’or : "A mon sens il faudrait pouvoir leur fournir le document en bon uniforme".
Samedi : AGACEMENT
Je ne sais pas si c’est une question d’âge, d’hormones ou tout simplement d’un potentiel exacerbé d’intolérance mais le mec qui siffle en silence dans la file d’attente, je ne peux pas.
Dimanche : FREU
Contraction de froid et bleu : une belle journée qui nous rappelle que le ciel peut être autre chose que ce blanc grisonnant couleur slip après plusieurs lessives.

samedi 17 février 2018

Blanche neige et les franciliens



L’année dernière à la même époque nous étions en plein démarrage de la série "Fillon and the Penelope Gate". Cette année, la tendance médiatique se situe sur un registre intégralement orienté météorologie. Il faut dire qu’entre les inondations, les crues et décrues (qui l’eut cru) et ensuite la neige, BFM a de quoi nourrir son info en continue avec  des tonnes de reportages plus insignifiants les uns que les autres. Mais l’info en continue ça veut bien dire ce que ça veut dire, l'important c'est de meubler, ce qui nous a permis de connaitre quart d’heure après quart d’heure, le nombre de centimètres de neige à Paris et ses environs, de savoir que le chauffeur de poids lourd avait du chauffage dans sa cabine, que ça glissait sur les routes (ah bon ?), que Martine a pris sa voiture mais qu’elle aurait peut-être pas dû et qu’il a fallu que Robert abandonne sa caisse sur une nationale devenue depuis, aussi célèbre que la route 66.
Alors si de surcroît, la localisation du phénomène neigeux se situe sur  la capitale et sa banlieue, toute la rédaction de BFM s’est mobilisée car on ne plaisante pas avec la vigilance orange.

Cette semaine de début février a donc été pour bon nombre de franciliens, un peu spéciale. A commencer pour moi puisque je me suis enfilée 3 jours de télétravail pour éviter les glissades, retards des transports, crises d’énervement inutiles et bénéficier de réveils à la limite de la grasse matinée (entendez par là 7 heures au lieu de 5h45). Il faut dire que pour cela je suis bien lotie puisque dès le premier jour de neige, tout le personnel de l’entreprise avait reçu un mail nous incitant à rester chez nous, moyennant bien sûr la possibilité de télé-travailler ou de poser des jours de congés. Et puis le mail donnait également quelques conseils dont je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques morceaux. On ne sait jamais ça pourrait vous servir à vous aussi.

Exraits :
"Pour les voitures et 2 roues motorisées :
- Neige, verglas, givre, brouillard… conduire en hiver nécessite d’adapter son comportement de conduite, en plus de respecter les règles de sécurité routière (port de la ceinture, limitation de vitesse…)."
Mais en été fait péter la ceinture et lâche toi sur la vitesse.
- "Laisser la priorité aux chasse-neiges et engins de salage : tout dépassement est interdit."
Encore faut-il pouvoir s’arrêter, Monsieur l’agent.
- "Augmenter les distances de sécurité : neige et verglas augmentent considérablement la distance de freinage."
Nan j’te crois pas.
- "Éviter toute manœuvre brutale, notamment sur route verglacée."
Tu es en train de me dire que je ne peux même pas me faire un petit arrêt au frein à main d’sa mère ?
- "Adapter sa vitesse aux circonstances."
Et qu’entendez-vous par circonstances exactement, c’est un peu freudien comme réflexion non  ?
- "Anticiper les risques et donc les freinages en repérant les zones à risques : ponts, virages, descentes, sous-bois..." 
Ah bein moi qui voulais me faire un tout schuss au milieu des conifères
- "En cas de violentes bourrasques de neige et de mauvaise visibilité, mieux vaut s'arrêter sur le bas-côté, feux de détresse allumés et attendre les secours dans la voiture."
Quand te reverrais-je, Pays merveilleux… Dans dix minutes je nous considère comme définitivement perdus (Michel Blanc pour les incultes)
"Et pour les piétons :
- Mettez des chaussures de marche ou des bottes avec des semelles crantées." 
Mais veux-tu ranger tes tropéziennes, enfin voyons !
- "Marchez très doucement, en vous assurant de la stabilité de vos pas."
Tu t’es vu quand t’as bu ?
- "A vélo, mettez pied à terre pour franchir une zone dangereuse : pente, couche de neige, passage d’un obstacle au sol (dos d’âne…)."
Quand tu dis "pied", ça veut dire que si t’es en vélo sous la neige, tu ne mets pas de chaussures ?

Il n’empêche qu’on en a pris pleins les yeux parce que oui quand ça tombe, la neige, c’est beau. C’est tellement rare qu’on refuse de sortir le parapluie pour mieux sentir les flocons se poser, s’accumuler sur nos manteaux (neigeux) et humidifier délicatement notre brushing du matin.
Et puis pour beaucoup d’entre nous,  cette neige provoque une avalanche de souvenirs :
- l’ambiance station de ski avec le son feutré en mode boule de coton,
- le grincement inimitable et pour une fois agréable de nos pas dans la poudreuse,
- L’émerveillement des enfants qui s’offrent enfin des batailles autorisées,
- La lumière bleutée quand le jour se lève sur les montagnes peintes en blanc,
- Le démarrage des remontes pente le matin, avec le bruit des tirs fesses qui au retour se cognent les uns aux autres, les coquins.

Cependant nous sommes bien dans la banlieue parisienne même si c’est difficile à croire, tellement le paysage francilien a subi une opération chirurgicale qui le rend méconnaissable mais amplement plus désirable :
- Les arbres qui exhibaient leur nudité anorexique, sont à présent parés de robes voluptueusement meringuées ou de sculptures de chantilly qui joue les équilibristes.
- Les voitures sur la route adoptent le mouvement ralenti, dans un silence presqu’envoutant.
- le blanc immaculé de la neige fraichement tombée, nous éblouit et nous fait oublier que le ciel reste gris.

Et puis, il y a le côté "pagaille", "galère" comme s’empressent de titrer les quotidiens parisiens, quitte à se péter une jambe en haut de la piste des mots. N’oublions pas les ronchonchons qui se plaignent de se retrouver coincés sur la N118. Et puis ceux qui sont bien au chaud chez eux mais qui cherchent des responsables forcément politiques,  histoire de provoquer une bataille de boules…puantes.

Alors même si le Canada se moque de nous: "ils déneigent  quoi de la poussière ?", que Michel Chevalet pousse une gueulante sur BFM : "c’est le bordel à la française ; ils se sont tous foutus dans la N118.", que Francis (nom d’emprunt) se retrouve en panne de chauffage la nuit la plus froide de l’année, sans avoir la possibilité de se faire dépanner pour cause de routes impraticables, on l’a aimé cette parenthèse neigeuse parce qu’elle nous a émerveillés, elle nous a changés du quotidien et maquillé nos environs, ternis par une météo en pleine dépression, à la limite du burn out. 
Ce fut soudain, inattendu alors que pourtant, à bien y réfléchir, il ne s'agit que d'un vulgaire fait "d'hiver".