dimanche 22 mars 2020

Entretien avec un virus


Journaliste : Bonjour à tous et à toutes. Aujourd'hui nous avons décidé de donner la parole à un invité hors norme vous en conviendrez et qui en cette période de confinement, a tenu à s'exprimer pour nous offrir je le cite, "une lueur d'espoir". Alors même si je pense qu'aujourd'hui tout le monde vous connait et ne vous apprécie guerre guère, allez-y, c'est à vous.
Corona : Bonjour et avant toute chose, laissez-moi vous remercier de m'accueillir aujourd'hui.
Journaliste : Pardonnez-moi, "Accueillir" est peut-être un bien grand mot mais je vous en prie, continuez.
Corona : Je m'appelle Corona, Corona Virus. Il y a encore quelques mois, vous ignoriez mon existence mais pour beaucoup d'entre vous, vous connaissiez déjà plusieurs membres de ma famille comme la Grippe ou l'Angine. Je suis donc le petit dernier, originaire de Chine où j'ai pu faire avec succès mes premiers pas. Ce n'est pas pour me vanter mais je suis plutôt du genre précoce.
Journaliste : Effectivement vous venez de Chine et je voudrais que l'on s'arrête un moment là-dessus. Pourquoi la Chine ? Qu'est-ce qui a guidé votre choix ?
Corona : Oh, he bien c'est très simple : s'introduire avec autant de facilité au sein de la première puissance économique mondiale me paraissait tellement symbolique. A ce titre, je voudrais revenir sur votre remarque concernant votre accueil. J'insiste, vous m'avez accueilli à bras ouverts. Vous avez fait de moi une star internationale en deux temps trois mouvements et je vous en remercie . Ne vous inquiétez pas, j'ai conscience que cette célébrité n'aura qu'un temps, une sorte de popularité à la sauce "Corona Story". Mais croyez-moi, vous n'avez pas su prendre la mesure de ce qui se déroulait en Chine.
Journaliste : Je ne peux pas vous laisser dire cela. Nous avons suivi avec énormément d'attention les premiers signes de l'épidémie ; nous avons rapidement procédé à des rapatriements, des confinement dans le sud de France. Vous êtes décidément excessif !
Corona : Moi excessif ? Peut-être qu'effectivement je le deviens au fil des jours mais vous ne pouvez pas le nier, je me suis époumoné à vous prévenir. Pourquoi croyez-vous que ma seconde cible se soit portée sur l'Italie ? Pour ne rien vous cacher, je me sens proche de la mentalité italienne : je suis plutôt du genre tactile et un tantinet nerveux. Au delà de l'intérêt culturel que je porte pour ce pays, j'ai voulu me glisser là, tout près de vous, pour que vous réagissiez, pour vous faire comprendre que la Dolce Vita ça n'a qu'un temps, ça se mérite.
Journaliste : A vous entendre on a vraiment le sentiment que tout est calculé, que vous déroulez un plan d'actions mûrement réfléchi.
Corona : Mais c'est tout à fait cela, appelez-moi "El Professor" comme dans "La Casa de Papel" ; oui parce que je suis fan de séries Netflix et je puis vous garantir que je vais faire l'objet d'un nombre incalculable de futurs scénarios. Oserais-je jusqu'à prétendre que je suis investi d'une mission divine ?
Journaliste : Corona vous avez bu, vous êtes sérieux ? Est-ce que vous vous rendez compte de la souffrance et de la peur que vous provoquez ?
Corona : Bien sûr que je m'en rends compte et je vais même vous dire, je ne regrette absolument rien. Voyez-moi comme une sonnette d'alarme. C'est votre planète qui ne respirait plus, qui était au bord de l'asphyxie. Vous étiez vous même en phase d'auto-destruction et refusiez de voir la réalité en face. Je suis en train de vous faire vivre ce que vous faites subir à votre terre.
Journaliste : Vous ne pensez tout de même pas que nous allons vous remercier pour cette prise de conscience ?!
Corona : Maintenant non. Vous n'avez pas suffisamment de recul. Mais plus tard oui, j'en suis sûr faites-moi confiance.
Journaliste : Vous abusez, comment osez-vous parler de confiance alors qu'à cause de vous, nous sommes en train de perdre tous nos repères, que nous devons réinventer notre vie au quotidien et que des gens meurent par milliers ?
Corona : Et quoi ? Je vous donne l'opportunité de vous retrouver vous-mêmes, de tout simplement prendre le temps, de vous écouter, de partager, de vous préoccuper de votre entourage, de vous réconcilier avant qu'il ne soit trop tard, de réaliser que certaines personnes vous manquent, de ne plus faire preuve de cette pudeur maladive qui vous empêche d'exprimer vos sentiments, de regarder dehors et de réaliser que la nature est magique, de constater le ciel vierge de toute rature aérienne, de prendre conscience de ce cadeau qu'est la vie ?
Journaliste : Ah parce que vous croyez que nous sommes TOUS en train de méditer sur la vie ? Vous croyez que dans les hôpitaux, le corps médical se tourne les pouces ? Ils sont terrorisés, épuisés et ont envie d'en découdre avec toi, de te faire la peau.
Corona : Ah on se tutoie maintenant ?
Journaliste : Oui je te tutoie parce que tu me pousses à bout, tu nous obsèdes, t'es partout, tu...
Corona : Houla l'ami, tout doux, respire, reprends ton souffle. Je sais que ce que vous vivez est une véritable épreuve, totalement inédite qui plus est ; mais si j'ai un seul conseil à te donner, c'est de ne pas céder à la panique. Il est trop tard pour se lamenter ; vous devez apprendre à vivre avec moi à présent et respecter les fameux gestes barrières pour éviter ma propagation. Et un jour, je ne serai plus qu'un mauvais souvenir.
Journaliste : Corona Virus, nous arrivons au terme de notre entretien et j'avoue que je ne sais plus trop quoi penser ; très franchement j'ai du mal à percevoir la moindre lueur d'espoir
Corona : D'ici quelques semaines, lorsque vous m'aurez exterminé, vous réaliserez qu'il n'y a plus une minute à perdre. Il y aura l'avant et l'après Corona Virus et le mot "PRIORITÉ" sera le poumon de toutes les réflexions qu'elles soient humaines, politiques, scientifiques, économiques et sociétales. Vous corrigerez ainsi certaines de vos erreurs passées, reconsidérez votre mode de vie et permettrez à votre terre d'éviter la pneumonie fatale.
Journaliste : Corona Virus, je ne te dis pas à bientôt. J'espère sincèrement que nous n'aurons pas l'occasion de nous recroiser. Quant à vous très cher confinés, prenez soin de vous, restez chez vous. Et n'oubliez pas qu'en adoptant ce comportement, vous aidez et soulagez tous nos super-héros qui se battent au quotidien pour nous.

#restezalamaison  







dimanche 19 janvier 2020

Speed reading ou jamais sans mon livre #4






Un matin ordinaire - Marjorie Tixier
Un marathon  vers la vie

En septembre 2018, je vous avais déjà parlé de ce livre acheté pour ma liseuse à seulement 0,99 € dans le cadre d'une opération promo de la plateforme Editeurs @Librinova. A l'époque, l'auteure Marjorie Tixier avait été la grande gagnante du concours d'écriture lancé par Librinova sur le thème "Un merveilleux malheur" ou comment rebondir après un événement catégorie insurmontable.
Je profite donc de la sortie papier le 9 janvier de ce roman publié par Fleuve Editions prestigieuse maison d'édition traditionnelle, pour re déposer quelques mots à son sujet. Pour ce faire, j'ai relu cette nouvelle version  avec énormément de plaisir.

Quelle claque ! Quel talent ! L’histoire d’une femme qui au cours d'un running en forêt, fait une mauvaise rencontre… 
Le lecteur progresse dans l’histoire, grâce aux narrateurs qui diffèrent à chaque chapitre,  tantôt  la victime, son père, son mari, ses deux filles, la  voisine, le policier et sa conjointe, l’agresseur lui-même ainsi que sa femme. C'est ce qu'on appelle "un roman choral" et l'on "écoute" cette histoire avec beaucoup d'attention ainsi qu'une large palette d'émotions.

Chaque personnage y va de sa version, de sa perception, son interprétation. Le procédé est génialement utilisé : comme dans une pièce de théâtre, on découvre progressivement le déroulé exact des évènements, le rôle et le ressenti de chacun et surtout ce que l’accident de parcours aussi sordide soit-il, développe de positif  et de bénéfique pour l’ensemble des protagonistes. Et ce qu’il y a de plus fort, c’est la capacité de l’auteure à nous mettre successivement dans la peau d’une femme violée et d’une mère vidée qui malgré tout essaie de faire bonne figure, d’une voisine aigrie par la solitude, un peu vulgaire, hyper commère, d’un mari introverti timide et manquant d’initiatives, de deux filles aux caractères si opposés, d’un père et grand-père fragile mais qui recolle les morceaux… Le style est vif, percutant, le vocabulaire choisi en fonction de la personnalité de chaque narrateur.
Au delà d'un fait divers malheureusement trop souvent d'actualité, ce roman traite des relations humaines et de leur complexité mais également du regard de l'autre qu'il soit adulte ou enfant. Marjorie Tixier décortique de façon chirurgicale les "états d'âme" de chacun.
Ce livre, vous l'aurez compris, est réellement bluffant par son intensité, son style, son rythme et les ondes positives déposées délicatement au fil des pages. 

Alors en ce début d'année, si vous n'avez pas encore de résolutions, prenez au moins celle de vous faire plaisir et laissez-moi vous présenter par l'intermédiaire de ce premier post 2020, tous mes voeux de belles lectures pour cette nouvelle année.

samedi 24 novembre 2018

Charlies aux fourneaux #3 : La tarte fine aux pommes




Difficulté : fastoche la brioche
Ingrédients :
- 4 pommes de votre choix, Golden, Pink Lady, Melrose, Royal Gala…Préférez des pommes à la taille  généreuse pour faciliter la séance de striptease d’épluchage.
- 80 grammes de beurre (salé cela va de soi, puisque le beurre par définition est forcément salé. Et c’est là que je créée la première polémique liée à ma recette).
- Cassonade que personnellement je préfère au sucre blanc pour ce qu’il apporte en notes de saveur caramélisée à la tarte et parce qu’il se fond sur les fruits comme sur la pâte avec une délicate onctuosité.
- Une pâte feuilletée et sa feuille de cuisson

Cuisson : au four thermostat 6 pendant 30 minutes environ

Il existe plusieurs moyens de lutter contre l’obésité du froid et sa robe de grisaille : s’emmitoufler dans un beau gros gilet (pas forcément jaune), et/ou se réconforter à coups de pâtisseries réconfortantes.
Laissez-moi vous proposer le remède de la tarte fine aux pommes. Oui j’ai bien dit "fine" car je crois au pouvoir des mots. Je suis en effet persuadée que notre inconscient résiste plus difficilement à la lecture de certains termes triés sur le volet de la gastronomie et qui déclenchent le réveil des papilles : "fine" en fait partie, comme "façon grand-mère", "au feu de bois", "velouté", "moelleux" etc…

La tarte fine inscrite sur la carte des desserts, permet sans doute au gourmand repu par ses plats précédents, de choisir en toute impunité une pâtisserie qui lui garantit une contestable légèreté calorique.
Mais il y a également dans cette appellation, la promesse d’un visuel élégant de par la finesse des lamelles de pommes délicatement déposées sur une pâte rendue pour l’occasion presque invisible.
Revenons-en à notre recette. Entre une tarte aux pommes dite "classique" et notre tarte fine, les ingrédients sont pourtant identiques mais c’est dans leur assemblage que ces deux desserts se distinguent.
Déroulez la pâte feuilletée de sa feuille de cuisson et déposez l’ensemble sur la plaque sortie du four. Nul besoin de quelque moule, l’idée étant de faire une tarte sans bordure appelée par certains "trottoir" mot qui vous en conviendrez, n’invite pas vraiment à la gourmandise.
En épluchant vos pommes, regardez, sentez, goûtez et écoutez. La pomme dévêtue de sa peau lisse et colorée, se retrouve à présent nue devant vous, la chair blafarde et légèrement humide au toucher. Son exposition à l’air la rend plus vulnérable ; il faut à présent faire vite avant que l’oxydation ne fasse son effet. Mais son doux parfum acidulé vient chatouiller à présent vos narines. Et même si ce fruit a toujours été défendu depuis des milliers d’années, impossible de ne pas croquer dans un quartier de pomme en préparant cette recette.
La pomme, un fruit tellement banal mais qui sait se faire remarquer : mordre dans une pomme en toute discrétion reste tout simplement infaisable et le son associé à sa mastication, fait de ce fruit le seul à détenir de puissantes cordes vocales.

Une fois le quartier de pomme dégusté, il est temps de passer à la confection de fines lamelles de fruits qu’il faudra ensuite coucher délicatement sur la pâte. N’hésitez pas à constituer des rangs serrés pour donner plus de générosité.
La pâte entièrement recouverte, faites pleuvoir deux à trois poignées de cassonade sur les pommes, Personnellement, je saupoudre à la main le sucre, pour une dispersion régulière et contrôlée sur l’ensemble de la tarte.
Il ne reste plus qu’à déposer des cubes de beurre sur les pommes endormies sur le matelas de pâte.
La tarte peut séjourner au four pour sa durée déterminée.
Admirez plus que surveillez la cuisson. Ecoutez le son du beurre qui mousse en fondant. Si le beurre a tendance à s’écouler au-delà de la pâte, pas d’inquiétude, le papier sulfurisé saura le  retenir et la pâte lui sera redevable de rajouter un goût de kouignamann.
La fin de la cuisson se caractérise par un coup de chaud sur les pommes qui ont toutes retrouvé un teint halé et dont la chaleur a fait souffler leurs chairs. Vérifiez que la pâte encore visible est dans le même état. Si tel est le cas, sortez votre plaque et laissez refroidir quelques instants.
Admirez votre œuvre et profitez des odeurs de pommes chaudes sucrées, caramélisées qui n’attendent plus qu’une chose, c’est d’être dégustées.

Délicieusement vôtre.

dimanche 11 novembre 2018

Dans la peau de Donald Trump


Dans le cadre d'une masterclass d'écriture que je poursuis actuellement, l'un des exercices consiste à se mettre dans la peau d'une personne que l'on déteste. J'ai choisi...

Salut journal de mes deux,

Je te préviens tout de suite, je ne suis pas d’humeur aujourd’hui. Je sors d’une conférence de presse où ce miteux correspondant de CNN m’a totalement manqué de respect. Je lui ai demandé à plusieurs reprises de se taire, ce qu’il a délibérément refusé de faire. Et cette potiche d’employée n’a même pas été foutue de lui enlever le micro ! Encore une qu’il va falloir que je vire fissa. J’aurais bien passé mes nerfs sur cette gourdasse de Melania mais personne n’est en capacité de me la dénicher. Pour une fois qu’elle pouvait m’être utile…

Je peux te dire qu’il n’est pas prêt de refoutre les pieds à la maison Blanche ce minable de journaliste. Il m’a pris pour qui ce tocard ? Il sait qui je suis ? On ne s’adresse pas de cette manière au Président.  Je ne suis n’importe qui : je suis LA  référence des présidents des Etats-Unis d’Amérique. Parce que j’ai tout, absolument tout, à commencer par mes dollars qui coulent à flot comme mes milliards de  globules dans mes veines. Et si j’ai envie d’étaler mon pognon aux yeux du monde que je domine, rien ne m’en empêche et « je ne crois pas que les gens aient envie de voir le Président porter lui-même sa valise, en sortant d’Air Force one. C’est comme ça. »* Time Magazine.


J’ai l’argent mais pas seulement. J’ai la Puissance. Je suis un putain d’homme d’affaires. Le nom TRUMP est connu dans tous les secteurs d’activité depuis des décennies. J’ai même mon étoile sur Hollywood Boulevard. Et je suis BLANC. C’est ça l’Amérique, retour aux sources. Fini l’Obama show, fini la présidence à la sauce empathique. On me trouve antipathique et méprisant ? Je ne suis pas là pour me faire des amis et d’ailleurs je n’en ai  pas besoin. Je suis là pour régner, pour gouverner, pour imposer MES idées, pour rendre l’’Amérique aux citoyens américains. Regarde comme je suis acclamé quand je débarque dans l’Amérique profonde chez les péquenauds. Moi je sais leur parler, avec des mots simples. Il faut être direct avec eux, pas la peine de  faire des longs discours, de toute façon ils ne comprendraient rien ces bouseux.  Au moins eux, ils n’osent pas me critiquer, ils me vénèrent ; peut-être parce qu’ils ont peur ?! Ils ne sont sans doute pas les seuls. Je veux faire peur, je veux qu’on me craigne car oui, je suis capable de tout pour me faire remarquer, pour que l’on parle de moi dans le monde entier. Je ne suis pas du genre à me débiner et je ne fais pas dans le politiquement correct. Oui je suis impulsif et si quelque chose ne me plait pas, je ne me gêne pas pour le montrer. Je ne suis pas une lopette moi. J’en ai dans le calbut. J’ai des couilles en or massif ; dommage que Melania n’en prenne pas soin. LOL je suis trop drôle ce soir !
A propos de Melania, il faut vraiment qu’elle se reprenne. Son attitude distante vis-à-vis de moi lors de nos apparitions en public risque de me desservir. Dès que je lui prends la main, elle se raidit comme un coup de trique. Mais qu’est-ce qu’elle veut de plus cette greluche ? Elle est mariée avec l’homme le plus puissant du monde, elle pourrait faire un minimum d’efforts et me remercier de l’avoir choisie !  Va peut-être falloir que j’augmente son agent de poche histoire de la calmer. Les gonzesses sont vraiment toutes des ingrates et des incompétentes. Sur la durée, elles ne tiennent pas la route.  Au moins, grâce mon élection, j’ai sauvé l’Amérique d’une présidence féminine vouée au chaos.

Bon, allez, suis crevé,  faut que j’aille mettre la viande dans le torchon, j’ai encore une grosse semaine de déplacements en perspective. J’aime assez ces moments où je suis seul sur scène face à ces milliers de regards pleins d’espoirs et de reconnaissance. Je fais mon show, je suis leur Dieu. J’ai enfin l’impression d’être aimé. Mais qu’est ce qui me prend ?! Je fais dans le sentiment maintenant ?! C’est à cause de toi sale journal de mes deux. Tu te prends pour mon psy ? Allez bouge de là, je vais me coucher,  mais je signe histoire de laisser ma trace.











samedi 13 octobre 2018

Quelque part près de Sarlat





Alors que l’automne défait ses valises pour une installation longue durée, même si le soleil nous fait l’honneur de prolonger chaleureusement sa présence dans des tenues de soirée aux dégradés rouge flamboyant, je suis prise d’une douce nostalgie en repensant à notre séjour estival au hameau de Queytival.
Je m’étais fait la promesse de ne pas dévoiler ce lieu magique par pur égoïsme de ma part j’en conviens mais je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cette découverte qui nous a tellement ressourcés, séduits, de par une propriété à couper le souffle et la rencontre de nos hôtes hors normes Virginie et Xavier, amoureux de la pierre et du bois, à la recherche du simplement beau, à l’écoute bienveillante de la nature et de ses locataires.
C’est donc près de Sarlat que se situe ce morceau d’éden, cette planète de verdure de vingt-sept hectares, accessible par un chemin en côte, défoncé ou plutôt cabossé, maltraité par les accès de colère incontrôlable d’une pluie printanière particulièrement virulente cette année. La montée du chemin se fait sur la pointe des roues ou devrais-je dire sur la courbe des roues, pour éviter la rencontre d’une pierre un peu trop polie ou le dérapage incontrôlé aux fortes nuisances sonores. La voie est sans issue et c’est un pur mensonge puisqu’au bout du chemin, la quiétude nous ouvre ses portes simplement mais sûrement avec son sourire en portes de grange et sa baie de convivialité.
Je suis fan des voies dites sans issue lorsqu’on loue des maisons : ces voies sont comme des sas de décompression qui précèdent l’isolement, la tranquillité que l’on vient chercher. Quel bonheur de tomber au dernier moment sur la propriété, cachée, dissimulée derrière ses arbres gardes du corps soucieux de sa sécurité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, face aux agressions du goudron trop largement fréquenté par des véhicules excessivement pressés.
L'accès à cette maison s'effectue par une large terrasse en pierres, qui longe toute la façade. Elle surplombe une cour régentée par un tilleul sans doute centenaire, aux allures de souverain, illuminé, doré tous les matins par un soleil, dont la générosité attire le coq maître des lieux et ses sujettes les poules. Face à tant de beauté, les petits déjeuners sont des parenthèses de pains grillés enchantés comme dans l’ami Ricoré.
Mais à présent entrons : dès les premiers instants, on s’y sent déjà bien, on imagine les grandes tablées familiales, les rires et les copains. Si les murs et le plancher pouvaient causer, ils sauraient nous en conter. Les pièces du bas sont généreuses de lumière et d’espace : la cuisine dans son jus, avec sa grande table en formica, recouverte d’une toile cirée qui n’en finit pas d’en baver, ses placards à volets incrustés dans les murs, son poêle sans doute utile l’hiver, son vieil évier émaillé rectangulaire positionné juste sous la fenêtre, offrant comme un écran, une vue trois D, dégagée sur la partie pigeonnier/potager de cet immense domaine.

Traversons la cuisine, et entrons dans le salon dont le plancher fredonne notre arrivée. Eclairé par trois ouvertures aux orientations distinctes, ses deux canapés moelleux sont des tentations à la somnolence ou la lecture en face d’un second poêle au chômage technique durant l’été.
A l’étage, le plancher poursuit par endroit ses notes mélodieuses. Les trois chambres comme celle du bas sont paisibles, décorées simplement mais tout en élégance : poutres inclinées sur ses murs blancs, quelques meubles en bois si précieux à notre propriétaire, couettes aux motifs fleuris, l’ensemble est une invitation à se laisser aller, rêvasser, s’endormir fenêtres ouvertes, bercé par les multiples sons de la faune insomniaque ou noctambule, en quête de fraîcheur étoilée.

Poursuivons notre visite extra-muros : la périgourdine est un délice, l’extérieur une pure merveille. C'est une petite planète de bonheur dont la maison est située au centre d’une propriété soigneusement délimitée par une couronne forestière protectrice.  Le terrain qui dévale derrière la piscine à débordements et sa plage immergée, est une succession de vallons aux courbes plus que parfaites à l’instar du générique de La petite maison dans la prairie.


Imaginez. Vous sortez tout juste d’une baignade rafraichissante sous un soleil boulimique. Après quelques mouvements de brasse dans cette magnifique piscine où la couleur de l’eau se confond avec le vert des vallons, vous avez élu domicile sous un large figuier parasol, pour envisager dans les meilleures conditions, votre activité de lecture. Allongé sur votre chaise longue, protégé par les feuilles de figuiers imperméables aux rayons d’un soleil trop intrusif, vous vous emparez de votre livre. Fermez les yeux pour savourer l’instant, écoutez l’eau de la piscine qui s’écoule dans la rigole et le bourdonnement des insectes qui, malheureusement pour eux, ne savent jamais s’arrêter. Lorsque le vent tente une expiration, les feuilles se cognent entre elles dans un bruit de mobile en bois flotté.
Imaginez encore, nous sommes en fin d’après-midi et le soleil commence à fatiguer d’avoir trop rayonné. Pendant qu’il revêt son pyjama rouge, marchez vers la piscine. Près de la terrasse, les fleurs jaunes délivrent leurs effluves sucrées de réglisse. C’est ensuite la lavande qui prendra le relais, suivi par les aiguilles de pin qui nous livrent leur plus doux des parfums, celui propre aux vacances, essentiel comme une huile. Et puis là, sous vos pieds, l’herbe encore presque tiède, grillée par un soleil trop généreux, dégage une haleine chaude de foin coupé. 
Approchez-vous doucement de la piscine, ne bougez-plus et observez : c’est le quart d’heure colonial des hirondelles qui profitent de l’absence des baigneurs pour jouer les canadairs. Au bord de la plage immergée, le couple de tourterelles trempe prudemment ses pattes et semble savourer l’instant, à l'abri de toute présence humaine.
Et puis tout en bas à environ cents mètres en lisière de forêt, si vous êtes attentifs, vous  pourrez peut-être distinguer les sorties timides et réservées de quelques paires de chevreuils, soucieux de conserver une distance de sécurité, qu’eux seuls jugent raisonnable.


Vous l’aurez compris, cette merveilleuse planète est accessible à ceux qui savent prendre le temps, le temps de regarder, écouter, sentir, capables d’accepter cet unique vis-à-vis, celui de la nature. Il y aurait tant encore à décrire. J’aurais pu vous parler :
- de la couleur de l’aube qui m’a fait me lever sans la moindre difficulté,
- des soirées chamallows à la lueur des braises du barbecue,
- des baignades éclairées par une lune impudique,
- des séances dédicacées des étoiles montantes et filantes,
- de ce trésor doré d'été qu'est l'ocre de la pierre,
- de nos paisibles échanges avec Xavier et Virginie,
- de la joie des enfants découvrant la cabane,
- de mes séances d’écriture inspirée, à l’ombre du préau des kiwis.

Queytival, quietudo vallis, vallée de la quiétude pour qui sait profiter.



dimanche 16 septembre 2018

la rentrée en 6ème dans tous ses états (d'âme)


"Alors cette rentrée, ça s’est bien passé ? "
Ne me dîtes pas que vous n’avez pas dans votre entourage a minima une personne forcément bienveillante qui vous a posé cette question saisonnière, comme s’il s’agissait d’un évènement catégorie examens de fin d’études supérieures ou d’obtention du permis de conduire ?
Personnellement, à l’heure où je rédige ce post, je me considère encore en période d’examens parce que cette foutue rentrée à tendance à prendre ses aises et s’imposer au-delà d’une simple journée.
Je dirais même que la rentrée, finalement elle se déclenche quand tu franchis la porte du magasin Bureau Vallée (de la fourniture scolaire), ou que tu essaies de slalomer avec ton caddie dans les 3 ou 4 rayons Carrefour dédiés à cette p… de rentrée ! "Fourniture", Rien que d’écrire ce mot, j’ai envie de fuir, loin très loin, au-delà du rapporteur à double lecture ou du protège cahier 24x32 à rabat transparent.

Tout a commencé par un beau samedi matin de fin août, à deux semaines de la rentrée. Record battu pour moi qui jusqu’à présent, effectuai les courses le dernier week-end des vacances. Mais là, "on ne joue plus dans la même cour", expression fort à propos vous en conviendrez ; mon fils Watson rentre en 6ème Mesdames Messieurs ! Et qui dit cycle collège, signifie liste de f….ures à rallonge. En pénétrant chez Bureau Vallée, je fus prise par une sensation d’étouffement, de cahierophobie à me retrouver dans un espace entièrement consacré à l’univers classérale. Très vite je me précipitai vers un vendeur, maton de la canson 220 g et de la boite de pastel sec ou gras, qui tout de suite me proposa ses sévices services :
- Oh oui bien sûr que vous pouvez m’aider. Si je vous confie ma liste, vous  pouvez vous en charger et je repasse dans une heure ?
Manifestement, j’avais franchi la marge rouge et me retrouvai seule en compagnie de ma liste écrite dans une  police minimaliste. Non seulement la liste état à la Prévert mais en plus, elle était illisible pour toute population originaire de la presbytie. Constatant ma perdition, le maton de la canson me suggéra de ne pas raisonner par matière mais plutôt de faire des regroupements par typologie de f…ures, avant de me lancer dans des achats désordonnés voire déraisonnés. Son conseil me fit sans doute gagner un temps certain, même si je sortai de l’enseigne au bout d’une bonne heure, épuisée avec comme qui dirait, une mine de papier maché.

Cette première étape franchie, il restait encore beaucoup à faire à commencer par identifier chaque f…ure à sa matière, histoire d’aider Watson à se repérer dans cette profusion de cahier grands carreaux, aux formats et nombres de pages hétérogènes et de crayons aux mines pas encore fatiguées. Je me lançai donc dans une grande opération "balance ton post it" sur les cahiers et classeurs, en vue dénoncer leur anonymat et permettre à Watson d’apprivoiser son bulletin  butin scolaire.
L’étape suivante eu lieu le week-end précédant la rentrée ; l’achat de tenues vestimentaires correctes. Contrairement aux années précédentes, Watson, à sa demande, m’accompagna dans les boutiques. Jusqu’à présent j’avais carte blanche, Watson n’étant que très peu intéressé par l’étoffe (des héros). Ce jour-là fut le jour le plus long  de la réflexion du pantalon, sans compter  les tentatives pour obtenir une typologie de vêtements aux antipodes de ma conception (sans doute un poil trop relou à son goût), tels que le survêt’ à capuche ou la chaussure Air Nike planant totalement au niveau du tarif... Après quelques heures de shopping, je rentrai à la maison non plus accompagnée de mon petit garçon mais de mon fils qui sur le plan vestimentaire, commençait à me donner du fil à retordre...

Et puis vint le jour J, celui de LA rentrée ! Watson, pour le premier matin de sa vie, mit les petits pieds dans les grands : il se para de ses nouvelles chaussures "trop stylées", ajusta sa mèche à l’aide d’ablutions raisonnées et chargea sur son dos l’inévitable "East Pack", cartable hautement tendance comme sans doute le "sac US" de notre génération.
Mon mari Sherlock et moi-même l’accompagnâmes histoire de faire le deuil de 8 années de primaire avec ses récréations à répétition et ses superfétatoires TAPS (temps d’apprentissage périscolaire) dont l’objectif pédagogique reste à ce jour un grand mystère…
300 élèves furent appelés nominativement ; Watson fut le tout dernier de la liste… Mais ne dit-on pas que les derniers seront les premiers ? En tous cas, j’en ai la foi…
Faut-il parler de la phase remplissage de papiers administratifs qui se répète d’année en année, avec cette piquante sensation de redonner inlassablement les mêmes informations, à l’époque ou le stockage de données n’est un secret pour aucune face de bouc ?

Après le stress de la première journée,  celui  des premiers trajets, seul, en bus alors que jusqu’à présent, Watson n’avait qu’à sortir de l’immeuble pour se retrouver au pied de son école. Et s’il rate son bus, si le bus ne passe pas ? Et s’il loupe son arrêt ? Oh ne riez pas, je suis loin d’être la seule à me torturer de la sorte. Coupe le cordon Charlie !! Par la force des choses et la distance du bus, le cordon sous tension finira bien par lâcher et tirer sa révérence. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous. Alors surgit dans nos esprits de parents angoissés, la solution du téléphone portable que nous avions jusqu’à présent réussi à rejeter avec force conviction :
- Un téléphone en 6ème !! Non mais Watson, tu déraisonnes ! On en reparlera en 3ème.
Dix contre un que la hotte du Père Noël ne reste pas insensible à ces appels du pied de l’SMS illimité.
S’en suivent les premiers devoirs où les parents se replongent dans toutes sortes d’exercices qui font vibrer nos souvenirs de collégiens. Alors que Watson cherche à retrouver au plus vite sa manette de sa XBOX, on aimerait lui transmettre notre enthousiasme, à revivre le passé d’une époque qui nous a tous tant marqués : le passage chez les grands, la découverte de nouvelles matières avec des professeurs qui subissent inlassablement en début d’année scolaire, l’intransigeante note de gueule :
- Elle est bien ta prof principale ? Tu as Mme Vivon ? il parait qu’elle est grave sévère celle-là etc…
La réunion de parents d’élèves permet à chacun d’entre nous d’asseoir notre jugement face au speed dating du corps professoral qui pour la plupart utilise sans réserve le jeu de la séduction.
Comme un pull en laine mis par erreur dans la machine à laver, les soirées semblent avoir  définitivement rétréci : entre les devoirs à vérifier/corriger/compléter, la supervision du cartable à préparer en fonction des exigences psychotiques de chacun des professeurs, la vérification du sac de piscine du lendemain pour éviter l’oubli du maillot de bain, l’heure du dîner est largement dépassée.
Nous rentrons donc à présent dans la phase de rodage, celle qui permet de procéder aux derniers ajustements,  en dénichant sur Amazon les fournitures introuvables nulle part ailleurs et en vérifiant que la note fournie par le collège "Comment aider votre enfant à réussir son entrée en 6ème, est totalement assimilée, pour éviter le hors sujet.
Bienvenue dans le monde de la copie grand format perforée mais pas trop, de l’emploi du temps à trous et de l’interrogation surprise : "Comment aider les parents à réussir leur rentrée de 6ème". Vous avez 2 heures. 













dimanche 2 septembre 2018

Speed Reading ou jamais sans mon livre #4




Histoire de bien attaquer cette rentrée qui malheureusement n’est pas que littéraire, je vous propose mes trois meilleures lectures parmi plusieurs ouvrages que j’ai pour la plupart appréciés mais qui ne rentrent pas forcément dans mon palmarès de bien être absolu, avant l’arrivée des feuilles mortes. Dans le désordre : "Fief", David Lopez (bien, ambiance jeunes de banlieue, écriture étonnante), "Le jardin secret" de Kate Morton (bien, atmosphère à la Daphné Du Maurier), "L’arménien" de Carl Pineau (sur Kindle, bon policier dans le Nantes des années 80), "Changer l’eau des fleurs" de Valérie Perrin  (sympa malgré un sujet qui à tort peut repousser), "Le premier jour du reste de ma vie" de Virginie Grimaldi (bien mais pas le meilleur à mon avis), "Il est grand temps de rallumer les étoiles" de Virginie Grimaldi (alors là d’accord).
Avant de vous parler de mes trois Best Of XXL, laissez-moi vous annoncer que j’ai enfin fait l’acquisition d’une liseuse Kindle début juillet et que je surkiffe l’objet. Alors oui, j’avoue que le contact est différent et je me vois mal sentir ma liseuse comme je le fais quasi systématiquement quand je suis en possession d’un ouvrage papier.
Les trois livres n’ont a priori rien à voir et pourtant, un sujet commun pourrait être celui des occasions que la vie nous procure ou l’importance des relations humaines.

UN MATIN ORDINAIRE - MARJORIE TIXIER
Un marathon  vers la vie
Ce livre, je ne l’aurais jamais acheté si petit 1, je n’avais pas eu ma liseuse, petit 2, je ne m’intéressais pas à l’auto-édition et les concours réguliers proposés par @LIBRINOVA.
Marjorie est la grande gagnante du concours lancé par LIBRINOVA sur le thème "Un merveilleux malheur" ou comment rebondir après un événement catégorie insurmontable. Quand je pense que je ne l’ai acheté que 0,99€ dans le cadre d’une opération promo, à peine le prix d’une baguette festival, alors qu’il pourrait nourrir une armée de lecteurs affamés qui dévorent sans complexe. Que les liseurs papier se rassurent, le livre est également disponible dans son costume imprimé.
Quelle claque ! Quel talent ! L’histoire d’une femme qui au cours d’un jogging fait une mauvaise rencontre…
Le lecteur progresse dans l’histoire, grâce aux narrateurs qui diffèrent à chaque chapitre,  tantôt  la victime, son père, son mari, ses deux filles, la  voisine, le policier et sa conjointe, l’agresseur lui-même, sa femme. Chacun y va de sa version, de sa perception, son interprétation. Le procédé est génial : comme dans une pièce de théâtre, on découvre progressivement le déroulé exact des évènements, le rôle de chacun et surtout ce que l’accident de parcours aussi sordide soit-il, développe de positif  et de bénéfique pour l’ensemble des protagonistes. Et ce qu’il y a de plus fort, c’est la capacité de l’auteure à nous mettre successivement dans la peau d’une femme violée et d’une mère vidée, d’une voisine aigrie, un peu vulgaire, hyper commère, d’un mari introverti timide et manquant d’initiatives, de deux filles aux caractères si opposés, d’un père et grand-père fragile mais qui recolle les morceaux…
Ce livre est réellement bluffant par son intensité, son style, son rythme et les ondes positives déposées délicatement au fil des pages. Je ne serais pas étonnée que Marjorie Tixier revienne rapidement nous conter en tout cas, c’est ce que je lui et nous souhaite.

MISSION HYGGE - CAROLINE FRANC
Roulés à la cannelle, bienveillance et plaids moelleux
J’ai acheté ce livre parce que je suis avant tout fan de Caroline Franc. C’est elle qui, il y a trois ans maintenant, m’a donné cette envie d’écrire et de créer ce blog. Merci Céline B de m’avoir parlé de son blog parce qu’il a été pour moi une véritable révélation (www.penseesbycaro.fr). C’est une personne attachante, drôle, pétillante dans sa vie de tous les jours auprès de son mari, de ses enfants et amis. Sa pratique de l’autodérision est exemplaire et ses conseils de vie, à conserver dans un dico.
Alors quand ce nouveau livre est sorti, je n’avais pas d’autres choix que de l’acheter, entièrement consciente de ce qu’il pouvait représenter pour elle, une sorte d’aboutissement d’un rêve qui ne date sans doute pas d’hier.
C’est l’histoire d’une reporter de guerre, une baroudeuse qui ne vit que pour son travail et qui en matière de relations humaines a beaucoup à apprendre tout simplement parce qu’elle refuse d’apprendre. Excédé par son attitude agressive et condescendante vis-à-vis de ses collègues mais également inquiet de la voir s’ignorer et passer à côté de sa vie, son patron décide de la missionner sur un reportage un peu particulier : se rendre au Danemark pour enquêter sur le village Gilleleje devenu depuis peu, le village où les gens sont les plus heureux de monde. Nous partons donc avec Chloé au pays de la bougie et assistons à la libération progressive de ses émotions depuis trop longtemps prisonnières. A l’image des vélos sans cadenas dans les rues, Chloé prend conscience des bénéfices de l’ouverture aux autres dans un climat local de confiance absolue.
"Ca n’est pas parce qu’on est triste qu’on est obligé d’être malheureux."
C’est drôle, touchant à l’image du Blog penséebyCaro. Caroline François a ce don bien à elle de diffuser des ondes positives dans tout ce qu’elle écrit, la reine du Carpe Diem.
C’est en refermant ce livre que j’ai enfin compris ce que signifiait le terme "feel-good book. Oui ce livre fait du bien, énormément de bien. Je m’imagine déjà le reprendre cet hiver en cas de crise de grisaille ou d’averses excessives.
Hygge, Hygge, Hygge hourra !

LES VESTIGES DU JOUR - KASUO ISHIGURO
Raffiné comme une tasse de thé
Quel plaisir de relire ce livre 20 ans après ma première lecture. Cet ouvrage me fait l’effet d’une gourmandise de style. Le narrateur est un majordome anglais en fin de carrière, qui profite d’un  voyage au fin fond  de la campagne anglaise pour se remémorer les évènements marquant de sa vie au service de "sa Seigneurerie", dans la maison de Dalingthon Hall durant l’entre-deux guerres. Dit comme cela, ça n’envoie pas du rêve mais je puis vous assurer quil s’agit d’une plus que pépite. A commencer par le style : le narrateur n’est autre que le majordome qui s’adresse au lecteur dans un style précieux, guindé comme le sous-entend la profession. Pour vous donner une idée, je me suis surprise à associer inconsciemment la voix de Jean Rochefort à la lecture du récit. Ce livre est surprenant pour sa capacité à passer du rire, à la mélancolie, et parfois même aux larmes. Stevens le majordome n’a qu’un objectif en tête, exercer son métier selon deux principes fondamentaux : loyauté envers son maitre et dignité absolue quels que soient les évènements. On y découvre le rôle d’un majordome dans ces grandes demeures britanniques aux effluves de cigares et de Porto vieilli. Stevens explique qu’il est parfois plus simple d’avoir à s’occuper d’une vingtaine de convives que de seulement deux personnes : "C’est lorsque deux personnes sont à table, que l’on a le plus de mal à réaliser cet équilibre entre la prévenance et une illusion d’absence qui caractérise un service de qualité."
Les échanges entre le majordome Mr Stevens et l’intendante Miss Kenton sont savoureux. C’est une véritable compétition dans l’art de la joute verbale en porcelaine.  Les deux se tirent la bourre pour être le plus efficace et n’hésitent à dénoncer les erreurs observées telles que la présence d’une goutte au nez d’un domestique apportant une collation :"il me semble que ce style de service n’est peut-être pas de nature à stimuler l’appétit.", autrement dit, comment peut-on servir avec la goute au nez ?
Au fil des pages on découvre un majordome esclave de sa mission, incapable d’une quelconque démonstration d’affection, de lâcher prise, passant à côté de la mort de son père et des appels du pied de Miss Kenton, amoureuse incomprise. Dévoué corps et âme à son maître, il en occulte inconsciemment les tendances antisémites et pro hitleriennes.
La destination de son voyage n’est autre que de rendre visite à Miss Kenton pour des retrouvailles incertaines, dignes d’une assiette anglaise.