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samedi 3 janvier 2026

Débris de mots



L’écriture d’un texte c’est comme une envie de cuisiner, d’appliquer une recette pas forcément compliquée. La qualité gustative d’une entrée, d’un plat ou d’un dessert, ne se mesure pas au degré de difficulté de la préparation. 

Ecrire c’est utiliser des mots qui constituent les ingrédients, ajouter de la ponctuation pour procéder à l’assaisonnement, raconter une histoire pour réveiller les papilles de curiosité. D’ailleurs ne dit-on pas souvent qu’il s’agit d’une simple histoire de goûts ?  

Comme en cuisine, inutile d’employer des mots compliqués, c’est une question d’assemblage, de dosage. Mais, comble du comble, il est parfois préférable de ne pas suivre une recette à la lettre  pour pouvoir y apporter la signature personnelle du Chef écrivain qui fera toute la différence.

Il faut savoir peser ses mots, le fameux poids des mots, pour éviter que le texte soit trop lourd ou a contrario insipide et sans saveur, provocant chez le lecteur un sentiment d'ennui excessif et de surcroit déceptif… 


Un texte se mijote dans la cocotte du cerveau, lentement mais sûrement. Rectifier, corriger, ajuster, sont des étapes à respecter. Evitez avant toute chose de presser les mots, laissez-les s’épanouir dans des effluves d’idées neuves.

Une fois les mots à la bouche, il suffit de les coucher sur une page blanche comme pour obtenir ainsi, un délicat feuilleté de phrases aux détails croustillants.


Le point final est posé, le texte est terminé, il ne reste plus qu’à déguster et le consommer à foison sans aucune mots dération.


mercredi 3 décembre 2025

L'âge cahin-quinqua


Quand tu commences à dire que "tu as passé l’âge de ces conneries" ou "qu’on n’a pas à te dire ce que tu as à faire" ou encore que "c’est bon tu as suffisamment donné, il est temps de penser à toi", j’ai le regret (ou l’honneur) de t’annoncer que tu as sans doute basculé dans un âge cahin quinqua". Rassure-toi, ce n’est pas si grave mais parfois c’est mieux de le savoir pour éviter de passer pour un vieux beau (formulation féminine inexistante et c'est tant mieux), qui n’assume pas son âge ou qui se rend ridicule en essayant de paraître plus jeune avec l’usage d’un vocabulaire relou : "ça va les d'jeuns, on s’éclate ?" 

Tu as du mal à savoir si tu fais partie de cette catégorie cahin-quinqua ?  Laisse-moi t’aider, certains signes révélateurs sont visibles dans ton propre quotidien.

 

Commençons par tes nuits, quelle est la qualité de ton sommeil ? Tu es un homme : tu ne comprends pas, ta vessie a dû rétrécir car te voilà obligé de te lever plusieurs fois par nuit. N’oublies pas de chausser tes lunettes pour une visée optimale vers la cible, même si progressive rapport à tes verres. Tu t’éviteras ainsi des remontrances matinales de bobonne excédée. 

Tu es une femme : tu es sujette aux réveils systématiques à 2h47 qui se prolongent par une insomnie empreinte de sueurs nocturnes dignes d’une mousson tropicale.


Tu n’es peut-être pas concerné(e), mais pour certain(e)s d’entre nous, la grasse matinée est un souvenir plus que lointain : le réveil n’a pas encore sonné que tu as les yeux grands ouverts tel un lapin la nuit, immobilisé devant les phares d’une voiture. Toute tentative pour te rendormir est inenvisageable car vouée à un incontournable échec. Mais comme il est quand même trop tôt pour se lever, tu chausses tes lunettes et te munis de ton téléphone qui t’impose sur ton fil, des publicités plus que vexantes :  yoga sur chaise pour perdre du poids, complément alimentaires pour atténuer les effets de la ménopause, assurance obsèques et mutuelles en tout genre. Allez, tu finis par sortir du lit, et tu choisis pour cette journée une tenue "pratique" ou "confort": tu es mûr(e) pour voir ta boite aux lettres bombardée de prospectus Damart ou Mephisto. 

Tu t’apprêtes à partir mais tu ne sais plus où tu as mis ton sac ; tu t’agaces et tu jures à haute voix, parce que tu aimes de plus en plus parler tout haut même si tu es seul(e). Tu retrouves ton sac parfois dans un endroit improbable et c’est forcément que quelqu’un l’a déplacé sans t’en informer. Laisse moi te rappeler que cet argument ne tient pas la route si tu vis seul(e). 


En voiture, dès que tu passes devant un panneau, tu les déclames pour en faire profiter tes congénaires d’automobile, car ces informations sont exaltantes : "oh tiens, déviation à 100 mètres au prochain croisement",  "boulangerie artisanale au feu de bois ? c'est pas commun".


Au bureau, tu ne comprends pas tous les mots que tes jeunes collègues emploient : "J’tais en mode whaou, mais en fait, de base, mdr, c’est un charo qui fait tout en soumsoum". Parfois tu comprends leur humour mais pas tout suite et tu ris en décalé comme un mauvais duplex. Tu sors des vannes qui les offusque et tu leur lâches un : "de toute façon avec votre génération, on peut plus rien dire". Là tu es vraiment à la frontière de l’humour qui te vaudra en réponse : "Chuis choquée". Mais tu es un peu leur maman et ce rôle ne te déplait pas totalement, parce que comme elles savent te le dirent avec tellement de tact : "c’est un peu grâce à nous si tu restes jeune". Néanmoins, Tu ne comprends pas les vocaux au même titre qu’elles ne connaissent pas le répondeur.


Lorsque tu échanges avec ton fils, tu cumules de plus en plus ses réponses excédées du style : 

"Mais Maman tu me l'as déjà dit hier !

Toi en pleine crise de mauvaise foi : "Oui je le sais parfaitement mais je préfère te le répéter".


Quand tu rentres le soir et que tu t’affales dans ton canapé, tu émets un son vocal de satisfaction. Pour te relever tu en manifesteras un autre pour signifier que "la terre est basse". Tu es fatiguée alors qu’il n’est que 22 heures mais tu veux quand même avancer un p’tit quart d’heure sur ton nouveau puzzle de 1 000 pièces. 

 

Si tu évites les sorties en semaine, tu n’es pas contre un dîner au cours du week-end pour raconter à tes amis que tu as eu la chance d’aller voir la dernière pièce de théâtre qui s’appelle comment déjà, mais si enfin, tu sais, celle avec cet acteur super beau qui joue dans la série qui a fait un carton cet été et qui se passe en Bretagne enfin non, en Grande-Bretagne.

Le dîner se poursuit mais parfois les conversations croisées te déstabilisent, le brouhaha t’indispose. C’est dommage, les échanges étaient captivants : à ta droite on parle de coloscopie, sur ta gauche la prostate fait de la résistance et en face, la bipolarité éveille les consciences. 

Tu ne rentreras pas trop tard parce que tu sais que sinon, il te faudra deux jours pour t’en remettre.  


Voilà, il existe certainement d’autres signes de l'âge cahin-quinqua, mais je n’ai pas la prétention de les connaitre tous et c’est peut-être un mal pour un bien. Et si tu ne cumules pas tous ces signaux, ne t’inquiètes pas, ton tour viendra ou pas . En attendant je connais pour ma part l'âge cahin- quinqua depuis maintenant 5 ans et malgré une description de signaux qui peuvent au premier abord effrayer, je partage à 100% l’avis de la célèbre  sociologue Florence Foresti : "50 ans c’est merveilleux, c’est l’adolescence avec une carte bleue".

vendredi 19 septembre 2025

"Out of Robert" ou "Robert le Magnifique"



On ne va pas se mentir, le prénom Robert en France a un côté has-been franchouillard qui ne vend pas du rêve érotique. Personnellement, je ne connais que deux "Robert" dans mon entourage proche et ils sont tous deux coincés, non pas dans mon soutien gorge (désolée), mais dans ma bibliothèque : Robert le dictionnaire et Robert Bidochon….A contrario, ce même prénom outre Atlantique est dans de nombreux cas, porté par une gente masculine possédant d’indéniables critères de séduction qui font parfois buguer les femmes un peu quinqua comme moi : Robert Wagner, Robert de Niro, Robert Redford.  

J’ai découvert Robert Redford en 1985, l’année de mes 15 ans et de la sortie du film Out of Africa. Je n’aurais jamais imaginé qu’une scène de shampooing puisse faire autant mousser… Et pourtant, lorsque Robert (dit "Denys"), au bord de la rivière verse précautionneusement de l’eau sur les cheveux de Meryl Streep, je sais que nous sommes des milliers à nous être imaginées dégager sans vergogne l’actrice de sa chaise, pour y prendre sa place : Meryl ou pas, même combat. 

On ressent puissamment le bien-être procuré par le massage du cuir chevelu qu’il pratique de ses mains forcément délicates puis la sensation rafraîchissante de l’eau ;  surtout après une journée banale, à gambader dans la brousse, faire écouter du Mozart à des singes, se payer une virée en avion privatisé et manger dans des couverts en porcelaine au beau milieu de la savane, en buvant du bon vin. Quel film ! J’ai dû le regarder une bonne demie douzaine de fois et il me fait toujours autant d’effet. En apprenant que France Télévisions le diffusait, je suis rentrée plus que fissa d’un dîner, pour ne pas manquer le shampouinage et l’après shampouinage … 

Dans ses films et dans ses interviews, Robert avait le chic pour nous aimanter de son regard aussi profond qu’un puit sans fond. 

En 1998, Dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, incarnant le rôle d’un dresseur, il est au comble de son potentiel de séduction : le simple port d’une tenue tout en jean, suffit à le rendre irrésistible et ce n’est pas Kristin Scott Thomas qui dira le contraire. Elle dût, "la pauvre", s’y coller lors de la scène où ces deux acteurs mythiques partagent une danse fusionnelle,  durant laquelle il aurait été impossible de glisser entre leurs deux corps soudés, ne serait-ce qu’une feuille de papier toilette. 

Et si l’on m’avait fait la "Proposition Indécente" de me réincarner en cheval, ne serait-ce que pouvoir bénéficier de ses murmures à mon oreille, je l’aurais accepté sans la moindre hésitation.


Robert Redford faisait indéniablement partie "Des gens pas comme les autres", un homme dont la présence dans ses films crevait plus que l’écran : il dégageait un côté rassurant tout en étant intimidant. C’était un condensé de beauté typique américaine, aux contours un peu carrés et qui faisaient craquer. 

Mais comme le disait Meryl Streep dans sa dernière réplique de Out of Africa : "il ne fut pas à nous, il ne fut pas à moi". La star hollywoodienne est à présent chez elle, au milieu des étoiles. 

dimanche 6 juillet 2025

Va, vis et deviens



Watson mon fils,


Ça y est, c’est fait, tu as ton BAC. Pour découvrir les résultats, tu as voulu retrouver tes copains au lycée, histoire de vous soutenir en cas de besoin. J’aurais pu de mon côté, les consulter en ligne mais j’ai préféré que ce soit toi qui m’annonce le verdict. Ce moment t’appartenait quelle qu’en soit la tonalité, triste ou joyeuse.

Alors quand tu m’as appelée à midi pile et qu’au travers d’un brouhaha de sons typiques d’ados aux voix qui déraillent de leur voie de l’enfance, je t’ai entendu hurler à plusieurs reprises : « j’ai mon bac Maman, j’ai mon Bac », j’en aurais sauté de joie, comme sans doute des milliers de parents au même instant soulagés, et qui depuis leurs lieux de travail, laissent discrètement échapper une larme gorgée de souvenirs de leurs enfants.


Je peux te l’avouer maintenant même si tu le sais déjà, je n’étais pas vraiment sereine. Mais tu avais tout fait pour : alors que depuis Pâques, je m’acharnais à rentrer régulièrement dans ta chambre pour te rappeler l’importance des révisions, la vision de ton espace de vie était loin de me rassurer : toi d’abord, casque sur les oreilles, à réviser avec une assiduité qui force le respect l’option jeux vidéos en ligne. Quelques feuilles de cours à moitié chiffonnées sur un coin de ton bureau sous ton foutu clavier, ou par terre entre deux châteaux de fringues indistinctement propres ou sales… et quand le dimanche qui précède le début de tes épreuves, tu m’annonces que tu ne retrouves plus ta calculatrice, je frôle (seule) la crise de panique. Et puis le premier matin d’examens, alors que tu déambules au radar dans l’appartement sans laisser transpirer un soupçon de nervosité (sans doute en pleine méditation pour l’épreuve de  philo à venir), je me coince le dos en me brossant les dents…Nos attitudes extrêmes équilibrent parfaitement la balance de l’évènement.

Les jours des examens, je fais en sorte de télé travailler pour anticiper un éventuel problème de transport qui te ferait louper une épreuve (ce qui ne te déplairait pas forcément). Mon attitude te fatigue et tes réponses ont la tonalité de l’agacement :  « Oui maman j’ai ma carte d’identité et ma convocation », yeux en l’air et soupirs obtiennent la mention "Très bien" sans les félicitations de moi, ton jury.

Tu passes tes épreuves écrites avec un sentiment de réussite plutôt mitigé pour chacune d’entre elles, ce qui me laisse perplexe mais j’essaie tant bien que mal de ne rien laisser paraître. Tu reviens de ton grand oral agacé par des "questions débiles" et dont tu n’avais pas de réponses à formuler devant ce p… de jury non acquis à ton irrésistible charme. 

Alors quand tu m’appelles, je la verse aussi cette larme qui en plus d’avoir cumulé une dose de stress pour deux, contient des litres de souvenirs à commencer par cette FIV miraculeuse il y a presque 18 ans. Avec ce nouveau diplôme le chapitre de ta scolarité se referme : les punitions multiples comme les lignes à copier 50 fois "je dois être plus sage en classe", les commentaires des maitresses "Watson n’a rien d’autre à faire que dessiner sur ses cahiers, aucun travail en 1h30", sur plusieurs de tes bulletins, les appréciations pleines de bon sens quand on connait la direction : "plus de travail amènerait plus de résultats, la facilité n’est jamais bonne conseillère", tous ces vestiges écrits sont aujourd’hui de formidables pépites que tu prendras plaisir à lire à tes enfants d’ici quelques années. 


Je suis fière de toi Watson de tout ce que tu es, de ta nature profonde, de ton humour irrésistible, de ta maturité, de tes choix, de ce que tu dégages du haut de ton mètre 80 et de ta moustache (horriblement) naissante. Trace ta route et sois fier de ce que tu es. 

Va, vis et deviens.

dimanche 4 mai 2025

Un week-end haut perché ou comment voir la vie en rose




Dans son livre "Le Sel de la Vie", l’auteure Françoise Héritier traque toutes ces choses agréables qui ponctuent notre existence et dont les souvenirs nous émeuvent, en nous faisant prendre conscience de la valeur de chaque instant. De retour après trois jours délicieux passés dans le Perche chez une précieuse amie de longue date et avec sa Maman, j’éprouve cette irrésistible envie de poser par écrit ces instants privilégiés en petit comité, au travers de balades et de conversations multiples, dans une ambiance paisible aux senteurs de lilas.

Une chambre "avec vue", apaisante, dorée par un soleil généreux, avec cette délicate attention de déposer dans un vase, une branche de lilas fraîchement coupée pour l’occasion de ma venue,

Un vide grenier local qui anime un village le temps d’une journée, épaulé par une buvette qui ne désemplit pas et qui créée des envieux auprès des exposants, qui  en cette fin de journée, commencent à remballer,

Des agriculteurs dans leurs champs, qui ignorent le 1er mai et qui fêtent le travail au volant de leurs tracteurs,

Une dinette au champagne dont les bulles et les derniers rayons du soleil nous font pétiller de bien-être,

Un réveil en douceur par des oiseaux bavards que la nuit a brimés,

Un running matinal au travers d’une forêt bienveillante et d’une route champêtre qui parfois casse le rythme,

Une petit déjeuner aux saveurs de miel local qui s’abandonne sans vergogne sur du Poilâne grillé embaumant la cuisine,

Un instant de puzzle qui hypnotise le temps,

Des pages de lecture savourées sur un banc, éblouissantes au soleil et qui se tournent seules, à la force du vent, 

Une soirée aux allures de l’été, avec une grande tablée : des oncles, des tantes, des cousins, du vin et des saucisses grillées. Les discussions se croisent et les rires s’amplifient,

Un crumble aux fruits rouges qui débordent de son plat et laissent sur les rebords blancs, comme des traces artistiques d’une bougie consumée,

Quelque étoiles bienvenues dans un ciel de Normandie et des effluves de purin dont on se priverait bien,

Un petit tour au marché pour récupérer les indétrônables pâtisseries du coin commandées la veille, puis partager un verre en terrasse, au gré de nos rencontres imprévues,

Des promenades à pied où la cadences des échanges est plus rapide que nos pas, 

Une orage inattendu et des grêlons pas vraiment maigrichons qui s’invitent par le conduit de la cheminée 

Et puis au coin du feu, des discussion profondes sur les liens d’une famille et les épreuves de vies.

Un week-end qui s’achève avec ce sentiment de repartir regonflé par ces moments de partages d’exception où voir la vie en rose n'est pas qu'une expression mais une leçon de vie...

lundi 18 mars 2024

Le marché thérapie



En cette période grisâtre et chaleureusement humide, qui incite la morosité à prendre ses aises dans nos états d’esprits pluvieux, permettez-moi de vous confier un remède efficace, pour reprendre de la vitamine de bonne humeur. C’est aussi simple qu’un marché du dimanche mais le vrai, c'est-à-dire celui qui est couvert et qui, lorsque l’on pénètre dans ses halles, nous happe littéralement, à grands renfort d’étalages colorés, d’odeurs puissantes de poulets virevoltants sur leurs broches et d’un discret brouhaha. Dans cet espace abrité, ça fourmille gentiment de personnes qui savourent le milieu de leur week-end, avec la perspective d’un après-midi de détente.

C’est un endroit de rencontres fortuites où l’on s’arrête sans complexe en plein milieu d’une allée, pour entamer une conversation et se mettre à la page des toutes dernières nouvelles. Ici, l’agitation est conviviale, le stress et la mauvaise humeur sont absents des étales. Les commerçants courageusement levés depuis des heures, enchaînent les prises de commandes en nous transmettant leurs kilos d'entrain, leurs litres de sourires et la passion pour leurs produits. L’attente pour être servi fait partie du jeu et nous offre le luxe de prendre enfin le temps, celui de ressentir la vie qui nous entoure : nos yeux rechargent leurs batteries de couleurs devant les étalages de fruits et légumes, tandis que nos oreilles captent les conseils de cuisson du rôti, donnés par le boucher au client devant nous. De ses gestes appliqués et respectueux envers sa viande, il coupe cette entrecôte et recouvre de son imposante main, la totalité du morceau pour mieux ôter avec l’autre, le surplus de gras malvenu. On aimerait pour nos cuisines, disposer des mêmes couteaux qui hypnotisent nos regards quand ils viennent trancher si facilement la chair mais on oublie que tout réside dans le professionnalisme de celui qui les utilise. Même ressenti côté poisson où lever des filets, retirer la peau de la sole, trancher finement le saumon s’apparente à des gestes quasi chirurgicaux, avec la satisfaction du travail bien fait qui se lit sur le visage du poissonnier de père en fils.

L’heure du déjeuner approche et le passage chez le crémier est la garantie de pouvoir goûter un ou deux fromages à la coupe. Ici, on admire le commerçant qui y va de tout son poids pour trancher un morceau de comté fruité 18 mois, avec son étrange couteau à double manche et sa lame large comme une scie. Et quand on lui demande de nous en dire un peu plus sur son Saint-Nectaire exposé, il s’en empare, nous le montre de plus près en appuyant délicatement dessus pour mettre en avant son côté moelleux crémeux. Comme si ce n’était pas suffisant pour nous convaincre, il n’hésite pas à nous le faire goûter pour la plus grande joie de nos papilles stimulées. 


Inévitablement, nous repartons du marché avec un fromage imprévu, trois barquettes de myrtilles pour le prix d’une, une botte de ciboulette offerte et quatre nems cadeaux que le traiteur rajoute pour nous remercier de notre sourire. 

Alors oui, on a dépassé le panier moyen mais au profit d'un stock de gaité, de gentillesse, d’échanges directs en toute simplicité avec des gens vrais, courageux qui ne se prennent pas le chou et n'ont même pas conscience du pouvoir qu'ils détiennent, celui de nous redonner la pêche...

Bienvenue au marché thérapie. 

jeudi 22 février 2024

Le murmure de la mûre




Pour fêter mon âge mûr, une amie m’a récemment offert un pot de confiture de mûres "FAIT MAISON" ; elle se souvenait qu’il s’agissait pour moi d’une incontestable madeleine de Proust. Il faut dire qu’en termes de souvenirs, c’est fou ce que la mûre me murmure… 


A n’en pas douter, c’est un fruit qui laisse des traces, comme des tâches de Rorschach d’un violet aquarelle, sur le menton et les joues des enfants mais aussi parfois des plus grands.

Faire de la confiture de mûres, c’est comme capturer dans un bocal un morceau de la fin des vacances d’été et des derniers moments passés dehors, entre cousins, dans des lieux privilégiés comme l’ile d’YEU pour ne pas la nommer. C’est à cette période que les cueillettes sont les plus fructueuses et que ces petites baies sauvages revêtent des allures de caviar : noires avec des reflets parfois bleu en fonction de la lumière, elles envahissent pour notre plus grand bonheur gourmand, le bord des routes, des chemins et même parfois les champs. Encore faut-il connaître les coins ; à l’instar des champignons, les localisations ne se dévoilent que sous une mûre torture, comme celle de menacer de renverser dans le fossé, le seau de plage contenant ce bel or noir. 


Qui n’a jamais entendu cette phrase prononcée par des parents lassés : "Allez-donc nous chercher des mûres !". L’activité de la cueillette de mûres n’est pas forcément innée chez les enfants. Elle est souvent lourdement suggérée par les parents qui y perçoivent un double intérêt : celui de ne plus avoir dans les pattes leurs enfants qui par temps gris, ne savent pas s’occuper ; et le second, de récupérer une matière première de choix, pour préparer le dessert du soir comme une tarte, une glace ou même envisager la production de confitures, en cas de récolte miraculeuse. 

Et nous voilà partis avec nos seaux de plage contenant dans le fond, le reste de la tour du château de sable d’hier. Certains ont préféré se munir de sacs plastiques de supermarché ; sans doute des débutants qui n’ont jamais été confrontés à l’écrasement inévitable des mûres malmenées dans ce type de réceptacle. Ils ne reproduiront pas deux fois cette erreur…

Au démarrage, on y va tous un peu à reculons ; et puis, il suffit de tomber sur une concentration de baies noires pour que la compétition s’installe. Qui de nous aura la meilleure récolte ?

Les plus belles mûres sont systématiquement inaccessibles et nous oblige à nous pencher dangereusement, quitte à basculer dans un bain de ronces impitoyables. Dans tous les cas de figure, une cueillette ne peut se dérouler sans une égratignure qui vient tatouer nos jambes, ni la présence de jus écrasé sur nos tee-shirts forcément blancs ce jour-là. L’art de la cueillette repose dans le choix visuel d’une mûre charnue qui sera suffisamment ferme mais pas trop, pour résister à la pression raisonnable du pouce et de l’index afin de la détacher de sa base. Inévitablement malgré toute la délicatesse engagée, elle colorera nos doigts. Parfois, elle subira la déviation vers notre bouche au lieu de rejoindre ses congénères dans le seau. La tentation est trop forte pour ne pas succomber. Difficile de comptabiliser le nombre de mûres que nous aurons savourées en circuit plus que court mais notre bouche, notre langue et nos dents noires trahiront notre faiblesse. Comment résister à cette forme ovoïde harmonieuse, ces petites boules collées les unes aux autres et ce goût délicieusement sucracidulé. Alors oui, parfois, il nous arrive de tomber sur un mauvais numéro dont le goût pourrait s’apparenter à celui de fourmis écrasées et qui nous fait recracher le fruit sans aucune forme de retenue. Et puis régulièrement, une graine trouve le moyen de s’encastrer dans une molaire comme un Lego et l’on aura un mal fou à la retirer élégamment ; ce sont les risques de la mûre que malgré tout, nous acceptons de prendre. 


Ainsi va le murmure de la mûre déclenché en dégustant quelques cuillerées de cette confiture millésime 2023. Difficile d’être raisonnable, le pot va y passer pour prolonger ces souvenirs d’enfance et d’été mélangés. Il y a tant de chose à raconter et les mûres en sont les premières témoins. Et comme les mûres ont des oreilles, ce n’est pas près de s’arrêter.

samedi 17 février 2024

Et l'Amour dans tout ça ?

 

Photo d'emballage Picard 😅

J'ai récemment été sollicitée par le Huffpost pour contribuer à un article portant sur les différences dans la façon de chercher et de rencontrer des partenaires quand on est jeune et plus tard dans la vie. L'article mis en ligne sur le site du Huffpost est donc une compilation des témoignages de personnes entre la vingtaine et la cinquantaine. Ma proposition ayant été quelque peu raccourcie et modifiée à mon grand regret (mais c'est sans doute le jeu ma pauv' Lucette),  je vous livre ci-dessous le texte original....

Je suis d’une génération nourrie dans sa jeunesse de séries, films et dessins animés tous plus fleur bleue les uns que les autres : que ce soit Au Pays de Candy où "elle rêve et elle imagine que le petit Prince de collines vient lui parler doucement", ou au sein de La Petite Maison dans la prairie, dans laquelle rien ne semble ébranler l'adoration réciproque que se vouent les époux Ingalls, je voulais moi aussi tomber sur LE Grand Amour, comme Bridget Jones le relatait dans son journal.

Il y a trente ans, les études, les soirées associées, les frères de nos meilleures amies, les groupes d’amis des vacances estivales, constituaient un véritable vivier de rencontres potentielles. Trop timide, j’avais souvent une bonne amie pour faire passer le message à l’heureux élu de mon cœur. Je rêvais de romantisme et m’enflammais quand je recevais (par la Poste !) des lettres d’amour remplies de citations de Gérard de Nerval. Je m’empressais d’y répondre en évitant la phrase que beaucoup plus jeune j'inscrivais sur le dos de l'enveloppe : "Petit facteur presse le pas car l’amour n’attend pas". Les premiers émoticônes de cœur sont nés sur ces enveloppes. On était encore tellement loin de l’aubergine et de la pêche…

J’ai toujours recherché des histoires sérieuses, c’est-à-dire qui durent dans le temps, avec le fantasme du mariage à la clef, la consécration de l’époque… Et c’était sans compter le poids de l’éducation pour trouver LE garçon de  "bonne famille", bref qu’il soit "d'un milieu social respectable". Quelle époque dépassée!… 

Je n’avais qu’un objectif : me marier, avoir des enfants conçus lors d’une belle nuit d’été, un chien, une cheminée et la vie bien rangée qui va avec, auprès d'un beau mari protecteur. Résultat, je me suis retrouvée avec un homme que j’ai surprotégé, le chien a été remplacé par un cochon d’Inde, la cheminée par un chauffage au sol dans un appartement de banlieue, avec un enfant obtenu après multiples tentatives de FIV. 

A 53 ans, divorcée depuis 3 ans, je retourne à la case départ : pas facile de se remettre sur le marché quand on n’est plus toute neuve et que les occasions de rencontres ne sont plus vraiment les mêmes qu’il y a trente ans. "Sors", "Inscris-toi dans une salle de sport", "Tente les sites de rencontre", sont un échantillon des conseils des bonnes copines (en couple) qui ne savent pas trop quoi dire. On m’évoque aussi souvent l’option rencontre au boulot mais si je pouvais éviter de me caser avec un mec auprès de qui je ferais régulièrement la revue de personnel sur l’oreiller, ça m’arrangerait…

Si j’ai envie d’une nouvelle histoire, je ne l’envisage pas de la même manière : hors de question de vivre ensemble 24h/24: je vise "le chacun chez soi" et on se voit pour les bons moments. Je souhaite garder une certaine indépendance que j’ai retrouvée grâce à mon divorce et qui m’épanouit pleinement. 

Je suis inscrite sur des sites (cf post Mythiques rencontres) car je pense qu’il ne faut négliger aucune opportunité même si pour l’instant c’est la bérézina...

Je pense être aujourd’hui plus ouverte sur mes critères de sélection, la maturité sans doute. Je fais selon mes envies et le regard des autres en la matière m’importe moins qu’avant. 

En revanche si à 20 ans, l’idée d’être avec un garçon de 10 ans mon aîné, ne me dérangeait absolument pas, je milite aujourd’hui pour une tranche d’âge supérieure limitée : je ne souhaite pas me reconvertir en auxiliaire de vie. Quant à la tranche inférieure, bizarrement je ne suis pas contre (Cougar sors de ce corps)


Je ne rêve plus de mariage, mais d’une histoire simple, épanouissante qui s’arrêtera quand elle devra s’arrêter. 

samedi 28 octobre 2023

Chronique d'un aspirateur dénoncé

Copyright "Les Gourdasses"

Oh je sais très bien ce que vous vous dites après la lecture du titre : "elle ne va quand même pas nous faire un sujet de mé(na)gère quinqua ?!" Ou plus prosaïquement : "ça y est elle a définitivement pété un fusible". Alors je vous rassure, mes connexions internes se portent à merveille (enfin je crois) et oui je vais vous parler de mon aspirateur parce qu’il a intégré la catégorie ennemi public numéro un dans mon appartement. 

Lui et moi entretenons une relation régulière depuis plusieurs années à une fréquence moyenne hebdomadaire et le temps n’arrange pas les choses, bien au contraire. Nous ressemblons à un vieux couple qui ne peut plus se supporter mais qui en même temps, ne peut se passer l’un de l’autre. J’ai besoin de lui pour conserver un environnement sweet-home et lui de moi, pour le sortir de son placard dans lequel il est incarcéré en semaine, contorsionné entre la table à repasser et l’escabeau. 

Je redoute ce moment où j’ouvre la porte du placard pour le sortir et relier le tube flexible avec la partie dite traîneau ; je sais qu’en contrepartie d’aspirer, il va m’en faire baver. Tout commence une fois que la bête est branchée. Le faire (péniblement) rouler en tirant sur son flexible, se termine par un blocage des roulettes contre son propre fil électrique ; ou alors, le traîneau se retrouve sur le dos comme Caroline la tortue (on ne va pas se mentir, les tortues s’appellent toujours Caroline). Cette tortue aspirante en profite bien entendu pour rayer au passage le parquet avec sa carapace en plastique. Je sens à cet instant une pointe d’énervement se former dans mon cerveau alors que jusqu’ici, ma séance de ménage se déroulait sous les meilleures auspices : équipée de mes airpods, je vaquais à cette activité en me délectant du podcast des Grosses Têtes (@ruquierlaurent, @lesgrossestetes) téléchargé pour l’occasion. Et là vous vous dites que je suis réellement rentrée dans le cliché parfait de la ménagère quasi ménopausée mais je vous signale que des jeunes écoutent également cette émission. Alors oui, ce n'est pas forcément la majorité des auditeurs mais quand même, ça (me) fait du bien de le mentionner (#jeunesseéternelle). 

Ce constat étant fait, revenons en à nos moutons enfin ceux que mon aspirateur est censé avaler. Pourquoi faut-il que l'élément brosse à aspirer refuse régulièrement d’épouser l’orientation du sol, ce qui nous oblige à faire des gestes amples avec ce p… de manche, pour que la partie balai aspirateur se retrouve dans l’axe du sol ? Régulièrement en pratiquant cette manipulation, je ne manque pas de me cogner un bras ou un coude contre un meuble. Cette douleur sans importance débloque tout de même un nouveau palier d’énervement que je parviens à maîtriser en pratiquant sur moi même 2 ou 3 inspirations/expirations à la mode @petitbambou_fr). J’en profite également pour monter le son des Grosses Têtes, quitte à être aspirée par les coups de gueule corses et corsés de Christine Bravo (@christinebravotourdumonde) ou le rire hystérique communicatif de Yoann Riou (@yoannriou). Je reprends donc mon labeur avec mon aspirateur qui parfois sans aucune raison, refuse d’avaler une simple poussière. Et puis inversement alors que je ne m’y attends plus,  un objet non identifié mais au son bien distinct, parcourt le tube, signe qu’un corps lourd étranger se trouve à présent dans l’estomac de l’appareil. Alors par acquis de conscience d’un trésor pris au piège de l’animal, j’appuie une fois ou deux sur le bouton OFF (pour je ne sais quelle raison, l'appareil ne s’éteint que très rarement dès la première pression), j’ouvre le capot du traîneau et farfouille au milieu des divers corps poussiéreux présents dans ses entrailles. Ma main dégoutée au milieu de cette amas mou comme une toile d’araignée gigantesque, finit par tomber sur un capuchon BIC (mâchonné bien évidemment)… Tout ça pour ça.

Je passe d’une pièce à l’autre en débranchant/rebranchant le traineau quitte à me péter le dos (fais gaffe tu n’as plus l’âge). Parfois je décide de caler le tube télescopique et son flexible contre le mur, le temps de ranger un truc annexe. Pourquoi faut-il que ce tube perde l'équilibre et finisse par basculer sur le sol en prenant le soin d’embarquer dans sa chute un objet de préférence cassable ? Je suis présentement en zone rouge de mon quota d’agacement, ce qui déclenche une injure prononcée rageusement à haute voix et qui couvre le contenu de la valise RTL (@RTL) ; en même temps je te rappelle que tu écoutes un replay : ces déconvenues successives avec mon aspirateur semblent me faire perdre la raison (#volaudessusdunnidepoussières). 

Je termine mon ménage et essaie de placer l’engin dans un endroit non gênant avant de l’utiliser une dernière fois. Systématiquement il encombre la pièce, s’étend volontairement de tout son flexible pour bien me faire comprendre qu’il est maître des lieux et que face à lui je ne suis que …poussière. Je m’y cogne, me prends le pied dans le fil et atteins les limites de ma zone d’inconfort. Alors quand vient le moment du rangement, je passe en mode soulagement malheureusement vite balayé par l’épreuve du fil qui refuse de s’enrouler correctement malgré les appuis répétés sur la pédale prévue à cette effet.

A ce stade, j’en arrive à penser que mon aspirateur me fait payer sa vie de cachot du reste de la semaine. Effrayée par cette idée, j’ai donc interrogé mon cercle d’amies proches pour savoir si j’étais une tortionnaire et le constat est sans appel : l’aspirateur est systématiquement coincé voire démembré dans un placard ou cagibi, réduit à son plus simple appareil pour occuper un espace insuffisant mais qui devra faire l’affaire, parce qu’il n’y a jamais davantage de place ailleurs. 

A ce jour, je reste sans solution et qu’on ne me parle pas de « Dys-bip » au prix exorbitant et dont l’efficacité face au bon vieux modèle traineau reste relative (le modèle traineau équipe à ce jour 3 foyers sur 4 , parfaitement Madame ou Monsieur #fucklesmachos). Je n’ai donc à date pas de recette miracle pour contrer cette poussée d’hormones hystériques invasives. Mais je me dis qu’à 53 balais et des poussières, je devrais mettre tous ces petits tracas sous le tapis ou dans un sac et aspirer à plus de sérénité. 

dimanche 20 août 2023

Camping Paradise



Si l’on m’avait prédit il y a 4 ans que je deviendrais une habituée des vacances en village camping, je ne l’aurais bien sûr pas cru une seule seconde et aurais demandé sur le champs le remboursement de ma séance de boule de cristal. Je ne dénigre pas ce type de vacances mais il faut bien avouer que je suis davantage fan de semaines en maison de bord de mer en famille ou entre amis, blindés d’enfants pour notre tranquillité. Mais le divorce est passé par là et une fois épuisée la carte potes, parents, il reste souvent une semaine à occuper avec mon fils de 16 ans. Qui dit 16 ans, sous entend :
- ne pas avoir sur le dos sa daronne d’amour parfois un peu relou (wech). 
- ne pas dépendre des horaires de son fils pour démarrer des activités (wech aussi)

L’option camping s’est donc tout sauf naturellement proposée à ma réflexion. Par camping, il faut bien entendu comprendre bungalow ou cottage (termes manifestement plus vendeurs que simple mobil-home). J’ai passé l’âge de la tente Quechua que j’aurais de toute façon été incapable de déplier… Et puis soyons honnête, j’aspire à un minimum de confort d’où la formule impérative du fameux cottage où chacun dispose de sa chambre, ce qui m’évite d’être confrontée à la pyramide de fringues de tous genres, accumulées par terre de jour en jour…

J’en suis à ma troisième année consécutive mais pour autant je ne suis pas une adepte inconditionnelle. Cependant si j’y retourne, c’est qu’il répond à mon objectif premier, faire plaisir à mon fils ma bataille pour ceux qui ont la ref’ ; ce type de vacances permet avant tout d’avoir un ado content (bel oxymore) et qui n’attend qu’une chose, c’est de pouvoir retrouver sa tribu aux signes distinctifs des cheveux sur les yeux et des voix qui déraillent.

Revenons-en au commencement, la recherche sur internet… Ma première expérience sur la toile fut très formatrice ; je me souviens avoir été séduite par l’emplacement d’un camping face à la mer avec accès direct à la plage. Puis les photos du "Lodge, sweet home originale toute de bois vêtue" m’avaient littéralement conquises. J’avais été fort étonnée qu’un tel logement soit encore disponible sur le site. J'ai compris en arrivant sur place : je ne m’étais pas aperçue que les murs et le toit de cette charmante bicoque aux allures de cabanon pour Robinson Crusoe CSP+ , étaient en toiles de voile bateau. Imaginez la suite, ce Lodge face à l’océan atlantique, était en permanence en proie au vent et le niveau de décibels générés par la toile claquant sur la charpente était tout simplement intolérable de jour comme de nuit…Inutile de préciser que les années suivantes,  les locations ont été étudiées à la loupe double foyer, le critère numéro 1 étant la tranquillité. 

Oui parce que je ne suis pas une grande fan de ambiances type jeux apéro, choré dans la piscine et autres réjouissances de cet acabit. Alors quitte à payer un supplément à la réservation, j’indique que je souhaite être au calme. Je dois être depuis, répertoriée dans les fichiers onglet clients relous à tendance associable. Pourtant lors de ma première expérience, j’ai essayé de m’intégrer, de passer outre mes a priori. Je me suis donc rendue au pot de bienvenue : "Allez vas-y, tu vas peut-être rencontrer des gens sympas et qui sait tomber sur un père célibataire ." (parole bienveillante de mes amis qui suivent mes aventures à distance avec délectation). J’ai compris en récupérant auprès d’un gentil animateur mon verre en plastic de rosé chaud et en regardant autour de moi, que mon intégration serait compliquée : âge moyen 35 ans, 0 famille monoparentale, je constitue l’exception… Quand Gérard (Gégé pour les intimes) sur l’estrade déjà tout rouge de rosé, a commencé à vouloir garder le micro après avoir enchainé au karaoké 3 chansons de Johnny, je me suis dit qu’il était temps pour moi de retrouver mon tout sauf "sweet lodge"…

J’ai remplacé le rosé chaud par du vin blanc bien frais (en provenance de ma propre cave, une valeur sûre) que je me suis servie sur mon espace terrasse (en plein vent) dans un verre du type cantine, absolument incassable sur un lino de rigueur. Personnellement, côté équipement culinaire, j’embarque toujours dans mes valises un tire bouchon de chez moi pour éviter de me broyer les mains avec le limonadier local systématiquement proposé. J’emporte aussi un couteau qui coupe, puisque ceux mis à disposition ne remplissent que très rarement cette fonction. 

J’ai également appris au fil des années qu’il fallait prévoir un kit culinaire et ménager de premiers secours (sel, poivre, produit à vaisselle etc…) pour éviter de payer à la supérette du camping, 10 euros la petite bouteille de ketchup.


Mais me direz-vous que fais-tu de tes journées alors ? Je me rends à la piscine en horaire décalé pour éviter le bain de foule et le pédiluve associé. Le complexe piscine est également un critère de sélection du camping : obligation de la présence de toboggans multivirages insupportables qui drainent de l’ado en grappe et d’un bassin plus calme pour adultes consentants. J’ai d’ailleurs fini par céder à l’appel de la tongue qui, quel que soit le camping, règne en maître absolu à l’entrée de l’espace piscine.

Depuis ma chaise longue, je bouquine, j’observe les familles. Je me régale quand je vois cet homme qui après avoir fait quelques longueurs sans se soucier des baigneurs, sort de l’eau torse bombé, les muscles en avant puis, pour je ne sais quelle raison, perd l’équilibre en remontant sur le bord et retombe lourdement dans le bassin. Ressortir dignement dans ce cas,  est mission impossible et moi je pouffe ouvertement. Puis vient cet animateur qui se fige devant moi en me cachant le peu de soleil pour me proposer : "ça te dit une séance d’aquagym, allez viens ça va être sympa". Le tutoiement, surtout ne pas faire l’étonnée et juste lui répondre : "Non merci t’es sympa mais je viens de me faire un running de 15 km". En une phrase et au détour d’un court mensonge de 13 km,  je viens d’assoir mon statut de daronne stylée.


Côté destination, Je choisis généralement des endroits qui me permettent de visiter les alentours, pendant que mon ado dort. Cette année avec le temps exécrable, j’ai un peu regretté d’avoir opté pour les Sables-d’Olonnes, parce que la région n’a rien d’exceptionnel et je n’étais pas particulièrement tentée par le muséum du coquillage. 

J’avoue également passer un certain temps à me balader au sein des allées du camping pour admirer les  tentes palace des Hollandais, qui vont jusqu’a prévoir le canapé d’angle gonflable extérieur, les guirlandes lumineuses ou les pots de fleurs pour délimiter leur emplacement. 


Je retrouve généralement mon fils pour les repas qui ne durent jamais plus de 30 minutes parce qu’il a rendez-vous avec ses nouveaux amis et ne veut surtout pas être en retard.  Cette demi-heure est largement suffisante pour constater à quel point il est heureux. Je le sais d’avance, à la fin du séjour il me dira : "C’était trop stylé Maman, faudra revenir l’année prochaine." 

Mission accomplie.


dimanche 16 juillet 2023

L'après post sur les sites de rencontre



Dimanche dernier le site internet d'actualités Le HuffPost a publié mon article  "Mythiques rencontres",  en prenant soin de lui attribuer un autre titre que le mien pour permettre "d’appeler un peu au clic". Résultat, "A 50 ans je découvre les sites de rencontre et c'est l'enfer", a généré 180 000 clics …

Pour répondre à une question qui m’a plusieurs fois été posée, non il ne m’ont pas volé mon article. N’importe qui peut envoyer par mail un témoignage de son choix (temoignage@huffingtonpost.fr) : c’est ce que j’avais fait une semaine plus tôt et avais été dans la foulée contactée pour apporter quelques précisions à mon texte, notamment développer mon ressenti au restaurant… Entre le texte publié sur mon blog et l’article paru, il existe à quelques endroits de très légères différences car ils se donnent le droit de modifier certaines tournures de phrases ou vocabulaire employé… Rien de bien méchant car l’idée que l’on souhaite exprimer est conservée.


On m’avait prévenue que l’article serait mis en ligne le dimanche à 7h30 ; inutile de vous préciser qu'au lieu d'être à ma rituelle salle de sport du dimanche pour les lèves tôt dont je fais partie,  j’étais figée devant mon écran à attendre sa sainte apparition. Alors oui, j’avoue, j’ai éprouvé un sentiment de fierté d’avoir été publiée et surtout d’avoir osé aborder un sujet ultra personnel qui a suscité de multiples réactions les jours qui ont suivi, preuve que le sujet questionne.

J’ai suivi les réactions toute la journée du dimanche, notamment sur le compte Facebook du HuffPost dont certains commentaires acides ne se sont pas faits attendre et j’y laisse la patte orthographique  :

« Elle découvre les sites de rencontre à 50 ballets et elle est devenue experte en la matière ». 

J’avoue qu’en lisant cela, je me suis dis que j’avais peut être eu tort et que l’on me prêtait de fausses intentions. Mais rapidement une lectrice est venue à ma rescousse en lui répondant ce que mot pour mot j’aurais voulu lui dire : « elle ne fait que relater son expérience. Vous êtes touché par le critère orthographe visiblement… Femme de 50 BALAIS et lucide sur les pauvres mecs qui peuplent ces sites ça doit vous chiffonner ! » . 

Puis vient une autre réponse : « Elle n’a pas dit qu’elle était experte. Elle apporte justement son témoignage de nouvelle arrivante. Pour moi qui n’ai jamais été sur ce genre de site, je trouve plus intéressant d’écouter un témoignage de noob (débutant dans un jeu)…d’autant plus que je la sens plus équilibrée que quelqu’un qui traine sur ces sites depuis 15 ans et donc je m’identifie mieux. » 


Eh ben voilà ! « Charlie STESER votre serviteur » (pour la rime) 


Mais laissez-moi vous retranscrire la palme d’or du machiste prétentieux et sans doute à ses longues heures perdues,  voyant tout sauf lucide: « Cette française de 50 ans a été traitée comme une princesse toute sa vie. Quand elle était jeune, elle suscitait l’attention des hommes, ensuite elle a pris le mur et après elle s’est séparée. Aujourd’hui, elle s’aperçoit qu’il faut maintenant travailler pour trouver un homme. C’est difficile lorsqu’on est pas habitué à cela. Il faut accepter de baisser ses critères de sélection et de descendre de l’olympe ».

Oh / My / God : « il faut maintenant travailler pour trouver un homme » « il faut accepter de baisser ses critères de sélection ». Mais on est où là ????? Non seulement tous ses propos sont surréalistes mais le mec connait manifestement ma vie passée mieux que moi…

Hormis deux ou trois commentaires un tantinet moqueurs ou agressifs, ce qui fait partie du jeu, les réactions ont été globalement bienveillantes et ont suscité sur mon blog personnel (en plus d’un pic de connexions 😍),  de nombreux commentaires (cf en bas de l’article "Mythique rencontres"). Tous sont très intéressants, surtout pour celles et ceux qui sont confrontés au sujet du parcours du combattant pour rencontrer quelqu’un. Que nous soyons hommes ou femmes, nous portons le même jugement : les profils masculins ou féminins sincères, équilibrés sont en minorité. Tomber sur l’un d’entre eux, relève de trouver la fameuse aiguille dans une botte de foin. Certains y parviennent, c’est comme au Loto et son slogan des années 2000 : "On n’est jamais sûr de ne pas gagner". 


Les réactions des proches après la publication ont été aussi diverses que variées : parfois des messages de  félicitations, d’autres me conseillent l’option chat (et je vais y réfléchir), d’autres encore y vont d’un pouce levé mécanique, et parfois zéro réaction. 

Je ne recherche pas les applaudissements loin de là mais j’ai le sentiment que ce sujet dérange. Est-ce parce qu’il est méconnu par la majorité de mon entourage ? Peut-être est-il tout simplement jugé inintéressant par ceux qui n’ont jamais eu à tenter l’expérience (et tant mieux pour eux). Ou est-il possible que certains estiment que c’est trop personnel pour en faire un article ? 

Permettez-moi de vous retranscrire le mail qu’une lectrice de 78 ans m’a envoyé suite à la sortie de l’article et qui m’a beaucoup touchée. Je sais qu’elle ne m’en voudra pas de la citer : "Je viens de lire certains de vos articles dont le dernier concernant les sites de rencontre. J’ai beaucoup apprécié votre style d’écriture très direct. Tout ce que vous écrivez m’interpelle beaucoup parce que justement vous écrivez sans fard, sans retenue alors que personnellement je me dresse des murs de bienséance, du genre "il ne faut pas dire ça ou ce n’est pas correct…" Bref j’aurais quantité de choses à raconter mais je n’arrive pas à les exprimer naturellement . Tout cela pour dire que je vous félicite pour vos articles et les conseils très avisés que vous y mettez avec tant d’humour".


Voilà exactement pourquoi j’écris, pour donner envie de le faire, ne pas se mettre de barrières,  pour que les sujets que j’aborde résonnent et/ou raisonnent chez les uns et les autres, pour tout simplement partager des tranches de vie, sans péremption d’humour.

Mots destement vôtre