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mercredi 16 juillet 2025

Délic'YEU

 



Laissez-moi vous partager non pas la recette de l’indétrônable tarte aux pruneaux du marché mais celle d’une parenthèse de splendeur que je viens de déguster  durant le week-prolongé du 14 juillet.

- Prenez une traversée en bateau un jeudi en fin d’après-midi, en sélectionnant de préférence celle qui dure une heure et une pincée de minutes ; elle favorise pour les citadins dont je fais partie, la prise de contact en douceur avec l’air marin. La vitesse du bateau rappelle pour ceux qui savent, l’époque de "La Vendée" et de "l’Auguste Durand"… Apercevoir la forme quasi fantomatique de l’ile depuis les bancs extérieurs de "l’Insula Oya III", déclenche une excitation palpable chez les petits comme chez les grands, pour qui la perpective d’une pause insulaire, facilite la déconnexion. 


- Ajoutez tout au long du séjour un soleil radieux qui donne au ciel, maisons, plages et chemins de terre, des allures de superstars photographiées sans relâche par un fan club exponentiel et des professionnels qui captent l’Essentiel.


- Délayez avec un vélo qui vous emmène dans des chemins remplis de charme comme celui de la Détourne, libérant au travers de son parcours arboré,  un instant de fraîcheur bien mérité, ou bien, proche de la ferme d’Emilie, l’impasse du Chiron Durand, dont les champs déjà jaunis par plusieurs tranches de canicules, ont des allures de Savane.


- Admirez durant vos balades les multiples lauriers roses en fleurs qui s’épanouissent outrageusement, pour notre plus grand plaisir visuel, par dessus les courettes des maisons blanches qui parsèment les rues de l’ile. Observez au passage les boules des hortensias joufflus qui vivent à cette période l’apogée de leurs éclats. 


- Frottez entre vos mains un peu de fenouil sauvage, pour avoir la chance d’y associer peut être comme moi, le souvenir des premiers coups de pédales à deux roues sur les multiples chemins parfumés de cette "île aux enfants".


- Mélangez vos matinées avec vos activités préférées : un thé jasmin en terrasse sur le port qui se réveille, alors que les vacanciers commettent l’erreur naïve de prolonger leurs nuits. Ils laissent ainsi le précieux privilège aux islais de profiter sur le quai, d’une lumière sans pareille et d’un café bien serré avant d’embaucher pour la journée. 


- Mixez avec une virée vers la Meule, quand le soleil vient tout juste de se lever et qu’il propose à l’eau du petit port encaissé, des jeux de miroir colorés. Ecoutez le silence de ce lieu, agréablement perturbé par les goélands gueulards et des mouettes un tantinet rieuses.


- Ajoutez un incontournable passage à la Maison de la Presse, temple des férus de lecture qui grâce à une quiétude parfaite du lieu, laissent leurs yeux se délecter du choix du livre à acheter, sans voir le temps passer. 


- Saupoudrez de baignades aux Sabias dans cette eau translucide, dont le premier contact peut certes refroidir mais qui vous régalera après quelques poignées de brasses copieusement salées. 


- Assistez au spectacle de la brume envoûtante qui tel un magicien, fait mystérieusement disparaître en un temps plus que record, le Château du décor.


- Poursuivez à l’aide d’un thé glacé en bonne compagnie, à l’ombre de la terrasse de la Mission, pour qui la qualité de l’accueil et la tranquillité sont une formalité qui invite à revenir.


- En toute fin de soirée, en guise de digestif, préférez la balade à vélos par le chemin  de la Belle Maison. Arrêtez-vous en haut de Ker Daniau pour admirer la plage enfin lavée de toute présence humaine, éclairée par un ballon de soleil rougi par ses efforts. 


- Versez un soupçon de tristesse le jour du dit départ, tout en vous réjouissant d’avoir la possibilité de revenir fin août. Vous y grignoterez les dernières mûres sauvages baignant dans une palette de lumières uniques et caractéristiques des journées qui s’écourtent, en cette saison qui s’achève.


Merve'YEUsement vôtre

samedi 9 novembre 2024

L'île d'Yeu à la Toussaint, quel bol (d'air) !





Je reviens de cinq jours de vacances à l’île d’Yeu et l’expression "recharger ses batteries" est l’exact reflet de ce que j’ai ressenti durant cette (trop) courte semaine. 

C’est une période incomparable où les chanceux sur l’ile, ont le privilège de capter les quelques reliquats de l’été dans une ambiance fraîche et apaisée : malgré la présence de derniers vacanciers, Port-Joinville, les différents hameaux comme St Sauveur ou bien Ker Chauvineau, les plages et les chemins, commencent à se délecter d’une tranquillité bien méritée. 

Le port de la Meule est étonnamment vide mais permet d’apprécier la clarté de son eau, au repos, qui ne fait plus de vagues. 

Du côté des Sabias, le Château et les Ours veillent à présent sur une baie vierge de toute embarcation. 

Sur les plages des Vieilles, de Ker Daniau ou bien des Soux, les promeneurs qui l’été, doivent slalomer entre les serviettes pour progresser, s’en donnent à coeur joie comme des chiens à qui l’on vient de retirer la laisse : on marche, on court, on roule, on s’allonge où bon nous semble. L’étendue de sable nous appartient et sa couleur continue de nous surprendre, comme celle des Sables Rouis qui ressemble au bronzage. 

Dans l’eau, à quelques mètres du bord, on admire en frissonnant, cet unique baigneur qui, de retour au bureau, pourra se vanter auprès de ses collègues, de s’être tonifié dans une eau à moins de 15 degrés.

La lande est plus humide et dégage une senteur d’humus mais les queues de lièvres (ou chatons) même courbées et amaigries, nous rappellent que l’été n’est pas si loin. L’herbe vert chlorophylle contraste joliment avec le gris mystérieux du ciel de Toussaint. Au loin sur l’océan mystérieusement calme, on distingue une tâche de lumière déclenchée par le soleil qui joue les projecteurs de scène spectaculaire, pour l’artiste qu’est la mer. Au fond, la croix de la Pointe du Châtelet semble perdue dans un coton de brume. 

Dans les chemins de terre, les flaques plutôt fréquentes, constituent des challenges en vélo qui font davantage rire les enfants que les grands…Les fougères sont en mode automne alors que les ajoncs s’acharnent à conserver quelques rares fleurs jaunes de-ci de-là mais leur parfum d’huile de coco s’est malheureusement évaporé.   

Devant les maisons blanches aux volets souvent fermés, les hortensias semblent lutter pour nous offrir leur derniers soubresauts de couleurs framboise ou bleu pastel malgré une majorité de pétales vieillissant aux tempes grisonnantes. 

Sur le port, assis à l’Equateur, on se surprend à retirer son blouson pour profiter d’un soleil facétieux qui ne va pas durer. On retrouve ses repères : pour notre grand bonheur gourmand, la camionnette orange de Mousnier stationne sur le petit marché. 

Le snack Martin qui ne désemplit pas, vit ses deniers instants avant sa fermeture annuelle : le personnel comme sa pâte à crêpe légendaire ont besoin de se reposer. Tatie Bichon joue les prolongations pour les vacances scolaires.  

  

Les jours même raccourcis, affichent des jeux d’éclairage hors du commun dans une ambiance délavée. Le soleil n’est plus le même : il a perdu de l’énergie mais sa lumière est plus douce et offre sur la Pointe du But en fin d’après-midi, des spectacles de couleurs époustouflants : la fosse des Broches joue les miroirs pour permettre aux nuages d’interpréter une valse colorée où l’orange, le rose, et le grisé se mélangent harmonieusement. Ce décor féerique ravit petits et grands venus faire naviguer sur ce plan d’eau éphémère, leurs précieuses maquettes de thoniers.

A gauche de la balise des Chiens Perrins, l’horizon de la mer semble partir en feu grâce aux derniers rayons d’un jaune inédit, qui réussissent à percer les remparts des nuages anthracites. Alors que la nuit tombe, les champs se parent d’une couette de brouillard aux ambiances d’Halloween. De retour à vélo, l’humidité de la selle est plus que perceptible ; tout le long du trajet, la fraîcheur des soirées et l’odeur régulière du bois qui brûle dans les cheminées, témoignent de la saison en cours. Les journées sont plus courtes mais c’est l’équilibre parfait entre les sorties qui font rougir nos joues et cette fainéante envie de se caler auprès d’un joli feu qui crépite, avec un cafthé ainsi que son tout nouveau livre en provenance de l’incontournable Maison de La Presse.


Ainsi vont les journées des vacanciers de la Toussaint sur l’île d’Yeu : douces, paisibles où le rythme est donné par celui des sorties au gré de nos envies. On révise ses classiques en se baladant vers la Chapelle de la Meule, au Petit Port des Vieilles ou bien au Vieux Château. Et même si ces endroits n’ont plus aucun secret pour nous, on en prend plein les Yeu(x) : les décors en perpétuel mouvement que constituent la mer, l’éclairage de l’instant et l’aquarelle du ciel, font de ces virées de bol d’air, des moments d’exception ancrés dans nos pensées. 


Merve’YEUsement  vôtre 

jeudi 22 février 2024

Le murmure de la mûre




Pour fêter mon âge mûr, une amie m’a récemment offert un pot de confiture de mûres "FAIT MAISON" ; elle se souvenait qu’il s’agissait pour moi d’une incontestable madeleine de Proust. Il faut dire qu’en termes de souvenirs, c’est fou ce que la mûre me murmure… 


A n’en pas douter, c’est un fruit qui laisse des traces, comme des tâches de Rorschach d’un violet aquarelle, sur le menton et les joues des enfants mais aussi parfois des plus grands.

Faire de la confiture de mûres, c’est comme capturer dans un bocal un morceau de la fin des vacances d’été et des derniers moments passés dehors, entre cousins, dans des lieux privilégiés comme l’ile d’YEU pour ne pas la nommer. C’est à cette période que les cueillettes sont les plus fructueuses et que ces petites baies sauvages revêtent des allures de caviar : noires avec des reflets parfois bleu en fonction de la lumière, elles envahissent pour notre plus grand bonheur gourmand, le bord des routes, des chemins et même parfois les champs. Encore faut-il connaître les coins ; à l’instar des champignons, les localisations ne se dévoilent que sous une mûre torture, comme celle de menacer de renverser dans le fossé, le seau de plage contenant ce bel or noir. 


Qui n’a jamais entendu cette phrase prononcée par des parents lassés : "Allez-donc nous chercher des mûres !". L’activité de la cueillette de mûres n’est pas forcément innée chez les enfants. Elle est souvent lourdement suggérée par les parents qui y perçoivent un double intérêt : celui de ne plus avoir dans les pattes leurs enfants qui par temps gris, ne savent pas s’occuper ; et le second, de récupérer une matière première de choix, pour préparer le dessert du soir comme une tarte, une glace ou même envisager la production de confitures, en cas de récolte miraculeuse. 

Et nous voilà partis avec nos seaux de plage contenant dans le fond, le reste de la tour du château de sable d’hier. Certains ont préféré se munir de sacs plastiques de supermarché ; sans doute des débutants qui n’ont jamais été confrontés à l’écrasement inévitable des mûres malmenées dans ce type de réceptacle. Ils ne reproduiront pas deux fois cette erreur…

Au démarrage, on y va tous un peu à reculons ; et puis, il suffit de tomber sur une concentration de baies noires pour que la compétition s’installe. Qui de nous aura la meilleure récolte ?

Les plus belles mûres sont systématiquement inaccessibles et nous oblige à nous pencher dangereusement, quitte à basculer dans un bain de ronces impitoyables. Dans tous les cas de figure, une cueillette ne peut se dérouler sans une égratignure qui vient tatouer nos jambes, ni la présence de jus écrasé sur nos tee-shirts forcément blancs ce jour-là. L’art de la cueillette repose dans le choix visuel d’une mûre charnue qui sera suffisamment ferme mais pas trop, pour résister à la pression raisonnable du pouce et de l’index afin de la détacher de sa base. Inévitablement malgré toute la délicatesse engagée, elle colorera nos doigts. Parfois, elle subira la déviation vers notre bouche au lieu de rejoindre ses congénères dans le seau. La tentation est trop forte pour ne pas succomber. Difficile de comptabiliser le nombre de mûres que nous aurons savourées en circuit plus que court mais notre bouche, notre langue et nos dents noires trahiront notre faiblesse. Comment résister à cette forme ovoïde harmonieuse, ces petites boules collées les unes aux autres et ce goût délicieusement sucracidulé. Alors oui, parfois, il nous arrive de tomber sur un mauvais numéro dont le goût pourrait s’apparenter à celui de fourmis écrasées et qui nous fait recracher le fruit sans aucune forme de retenue. Et puis régulièrement, une graine trouve le moyen de s’encastrer dans une molaire comme un Lego et l’on aura un mal fou à la retirer élégamment ; ce sont les risques de la mûre que malgré tout, nous acceptons de prendre. 


Ainsi va le murmure de la mûre déclenché en dégustant quelques cuillerées de cette confiture millésime 2023. Difficile d’être raisonnable, le pot va y passer pour prolonger ces souvenirs d’enfance et d’été mélangés. Il y a tant de chose à raconter et les mûres en sont les premières témoins. Et comme les mûres ont des oreilles, ce n’est pas près de s’arrêter.

dimanche 19 novembre 2023

"Larguez derrière"



On entend souvent parler de la magie de Noël ; évoquer la magie de l’ile d’YEU me semble tout aussi pertinent. Prendre le bateau pour s’y rendre, contribue à n’en pas douter, à cet état d’esprit magique. Il y a dans l’étape de la traversée, une atmosphère enveloppante unique, comme une phase de déconnexion à l’autre monde. 

J’ai la chance d’avoir embarqué à bord de l’Auguste Durand et de La Vendée. Je conserve de ces traversées, des containers de souvenirs à commencer par les sprints sur le ponton en bois de Fromentine, les bras chargés de sacs, sous les encouragements des passagers installés à bord et applaudissant les retardataires. Un état d’esprit bon enfant envahit ces moments de traversée. Que l’on se retrouve en familles, entre cousins ou amis, ce temps précieux passé en mer nous met dans les meilleures dispositions avant de débarquer sur l’ile d’YEU. Comme un sas de décompression , "ça y est, on y est, les vacances peuvent commencer". 

Alors parfois ce sas est quelque peu tourmenté. Sujette au mal de mer, je considère malgré tout la traversée comme l’épreuve logique à surmonter pour avoir le privilège de poser ses valises sur l’ile. Et par gros temps, le "Larguez derrière" en provenance des hauts parleurs, marque le déclenchement d’une petite heure d’angoisse : la traversée sera-t-elle avec ou sans sac discrètement mis à disposition des passagers ?

Je sens encore l’odeur de l’épaisse fumée noire qui se dégageait en paquets de nuages, depuis les cheminées de La Vendée au moment du départ. Il faut attendre d’être passé sous le pont de Noirmoutier (que l’on est persuadé de cogner avec le mât) pour avoir réellement une idée de l’humeur de la mer. 


C’est une époque où tous les bateaux de la compagnie Yeu Continent offrent le privilège de vivre la traversée à l’air libre, option parfois salvatrice  pour les plus nauséeux. Dehors à l’arrière de La Vendée, sous le auvent, une cinquantaine de vélos de toutes tailles et de tous âges s’entassent, à se demander comment chacun va pouvoir retrouver et récupérer sa monture à l’arrivée. Des amas de cordage disposés sur des palettes permettent à quelques passagers de s’assoir : mais il faut être rapide car ces emplacements de luxe humides et salins sont, contre toute attente, fortement convoités. Des parties de cache-cache se déroulent entre les voitures parfois stationnées sur l’espace arrière bas du bateau. Le chargement de ces voitures constitue d’ailleurs avant le départ, une prouesse observée par de nombreux passagers. Depuis sa cabine sur le pont supérieur, l’un des marins de l’équipage actionne le mât de charge afin de soulever à l’aide de cordages positionnées sous les roues, le véhicule  stationné au bord du quai. Il repose l’ensemble à bord, avec plus au moins de délicatesse…


Dans le salon aux teintes marron contestable (mais en même temps vintage), les banquettes en skaï jaune attirent des tribus entières qui s’installent, avec la ferme intention de ne plus bouger jusqu’à l’arrêt du bateau. Les pleurs des enfants devenus blancs, les aboiement des chiens couchés mais troublés par le roulis,  risquent de perturber ce faux moment de tranquillité, dans cet espace très souvent surchauffé. Du côté du comptoir du bar à l’avant du salon, les pieds marins chanceux et les membres de l’équipage se retrouvent pour un remontant ponctué de discussions fortes et de rires communicatifs. 


A l’extérieur, il y a ceux qui passent la totalité de la traversée, debout les jambes écartées pour pouvoir maintenir une vague stabilité face au tangage engagé. Ils fixent l’horizon du continent et prennent plaisir à voir le pont se perdre dans le lointain. 

Les enfants savourent leur bonheur de pouvoir organiser des expéditions à la découverte des recoins déjà rouillés du bateau ; ils courent dans les allées, descendent et montent les escaliers en perdant parfois l’équilibre du fait de la houle levée.

Sentir le vent qui joue avec les vagues pour couvrir d'embruns nos visages, assister aux percées du soleil aux travers des nuages, pour maintenir la réputation d’un micro climat incontestable, sont comme les premiers signes de bienvenue sur l’ile.

Généralement à mi parcours, si l’on se penche à bâbord, on commence à distinguer une forme sombre qui habille l’horizon. C’est à celui qui apercevra l’ile le premier et cela provoque toujours la même excitation ; l’objectif tant attendu pendant des mois est enfin à portée de vue comme un trésor à portée de mains. Et pour les estomacs les plus fragiles, la repérer même vaguement est un placebo de fin du calvaire.

La mer elle aussi décide de reprendre ses couleurs : en quittant Fromentine, elle était grisâtre,  jaune opaque de sable dérangé par les manoeuvres des bateaux. Plus le navire progresse vers son cap, plus l'eau reprend des teintes d’encre bleu foncée, assurément marine. 

Les maisons blanches du Port et la tour de la Citadelle sont maintenant visibles ;  la mer s’est disciplinée pour pour nous permettre de nous imprégner des premiers instants de vie perceptibles sur l’ile. On distingue les voitures, l’hélicoptère vient de décoller avec à son bord des passagers pressés,  les terrasses des cafés ont l’air d’être bien occupées. 


Une fois l’amarrage effectué, la sortie du bateau est une pagaille systématique, entre ceux qui cherchent à récupérer leurs sacs déposés à l’avant et les autres qui, en sens inverse, veulent sortir au plus vite, pour fouler la terre ferme. Et puis tout de suite après, au niveau de l’embarcadère, s’en suit l’embouteillage d’embrassades entre les arrivants et ceux venus les accueillir : "Vous nous apportez le beau temps on dirait !". 

D’ici quelques minutes la foule aura déserté cet endroit, les bateaux amarrés pourront profiter de leur tranquillité retrouvée à l’abri de l’agitation du port,  avant l’heure de la prochaine liaison vers le continent.

Quand nous repartirons et réembarquerons, la mer aura le plus souvent l’élégance de nous servir une traversée apaisée avec le vent dans le dos, comme pour nous permettre de mieux digérer ce départ qui nous pèse. Le retour semblera plus court qu’à l’aller mais suffisant pour diffuser dans nos têtes des couleurs, images et souvenirs ancrés, riches en intensité. 

On croisera parfois l’autre bateau parti de Fromentine et l’on envie ses passagers qui vivent l’excitation de l’arrivée alors que l’on nage présentement dans une écume de nostalgie. 


Et c’est aussi ça la magie de l’ile d’YEU et de sa traversée, avoir le temps nécessaire pour prendre conscience de ce que représente cette ile à nos yeux et dans notre coeur.


Merve'YEUsement vôtre

samedi 14 octobre 2023

Eloge de la plage des Sabias en été (Ile d’YEU)



Lorsque je peine à m’endormir ou en cas d’insomnie, je dispose d’un remède infaillible : je ne compte pas les moutons mais j’ouvre le tiroir YEU de mon cerveau et je sélectionne Plage des Sabias. Les images, sons et odeurs que mes neurones conservent précieusement, me permettent de m’apaiser et de retrouver le chemin du sommeil.

Je côtoie cette plage depuis une cinquantaine d’années grâce au choix merve’YEU de mes parents d’installer leur résidence secondaire à l’ile d’YEU dans le village de Ker Chauvineau. J’ai grandi avec elle, qui représente à mes yeux et dans mon coeur, la plus belle plage de l’ile par sa beauté naturelle mais également par son atmosphère unique en son genre, ainsi que les souvenirs qui vont avec.


C’est une plage paisiblement accessible avec cette route en pente douce permanente depuis Ker Chauvineau. Qui n’a pas fait la course à bicyclette sur cette ligne droite tentatrice ? Qui n’a pas essayé de s’accrocher à l’arrière du petit train dont la lenteur nous freine dans notre élan ?

Puis vient le dernier virage qui ouvre cette perpective du Vieux Château qui paradoxalement ne prend pas une ride. La plage au sable clair accompagnée de son eau scintillante fait son apparition, alors que le freinage dans la descente s’impose, pour garer sa monture. Sur le bord de la route, les cabanes blanches islaises parfaitement entretenues, semblent veiller sur elle, de leur fenêtre borgne. Derrière ces cabanons, la petite maison aux volets bleus, avec sa grande fenêtre arrondie sur le haut, constitue mon fantasme de lieu idéal, pour trouver l’inspiration d’une écriture parfaite. A l’intérieur devant la fenêtre, j’imagine un écrivain penché sur  sa machine à écrire Remington qui absorbe les mots dictés par une vue de château.

Puis un peu plus haut dans la lande, la pointe du Châtelet et son imposante croix, semblent vouloir nous sensibiliser à la mer et sa dangerosité encore trop naïvement insoupçonnée.  


L’été, comme les occupants de cette plage, la mer prend souvent des congés d’agitation : sur ce rivage blottie entre deux barres de roches, le vent n’est que très rarement convié et incite les vagues à vivre une sorte de chômage technique. En plus d’être nonchalantes, elles sont quasi inexistantes et terminent leur bref parcours de vie sur le sable ou sur nos pieds, sans l’once d’une agressivité.

Même les bateaux de plaisance ne s’y trompent pas, cette anse constitue le mouillage absolu. La cohabitation avec les embarcations des pêcheurs à la journée, se fait sans vagues sous le contrôle des Ours, groupe de rochers parfaitement visible à marée basse et qui par son emplacement central, signe la limite de cette baie idéale. 


Il est bien loin le temps où nous pouvions savourer le calme d’une plage encore peu connue des estivants. Je me souviens de cette époque où nous arrivions dès 13h, pour partager en familles des pique-niques 4 étoiles, aux desserts composés de feuilletés, chaussons brisés et autres spécialités islaises inégalées (@lapatisseriemousnier). A cette heure, la plage nous appartenait. Les familles islaises, des femmes majoritairement (les hommes étant en pêche), débarquaient vers 16h en tribu, accompagnées d’une cargaison d’enfants tous plus bronzés les uns que les autres. Les groupes s’installaient toujours au même endroit, comme si la plage avait ses emplacements réservés. On plantait les parasols, on calait les fauteuils dans le sable et ça discutait sec, en tricotant gaiement. Du haut de mes quelques années,  allongée sur ma serviette, je prenais, je l’avoue, un délicieux plaisir à tenter de décrypter le patois vendéen débité à la vitesse de l’Amporelle (vitesse toute relative mais ceux qui ont connu les traversées dans l’Auguste Durand ou la Vendée, comprennent  la comparaison) @yeucontinent.


Les années passant, cette plage au grand calme s’est vue progressivement colonisée par toutes ces familles d’estivants à la recherche d’espace de jeux, et de mares à crevettes pour leur progéniture. Les recoins, piscinettes d’eau salée, petits et grands rochers se révèlent à marée basse et prennent leur rôle de Super Nounou, au grand bonheur des parents qui en profitent pour tenter la baignade. Encore faut-il passer par le supplice des pieds, causé par la bande de cailloux qui ralentit la progression vers cette eau jugée parfois trop fraîche.  

Mais quel bonheur ensuite de rentrer progressivement dans cette mer translucide, en pente douce. On en vient même à apprécier ces rochers sablonneux recouverts d’algues vertes aux allures de salade qui, dans l’eau, apaisent les plantes des pieds encore endolories de la descente caillouteuse.

On se fixe le défi de nager jusqu’au petit bateau de pêcheurs amateurs, le Paul Arthur, nom composé des prénoms des petits fils de ces deux familles qui partagent depuis un demi siècle, le même amour inconditionnel pour l’ile d’YEU et qui collectionne une marée de souvenirs à fort coefficient.

 

Tous les enfants sont rois sur cette plage facile et leurs cris sont parfois mis en sourdine par le survol des avions de tourisme dont la piste d’atterrissage se situe dans l’axe des Sabias. Même habitués, on continue à trouver que cet avion aux lettres et chiffres que l’on peut lire trop distinctement sous ses ailes, vole décidément à très basse altitude. 

Quand le soleil commence à baisser sa garde et que l’heure du dessalage/dessablage des petits est proche, la plage se vide d’un coup. Le camion snack remballe ses glaces rescapées de la cohue du goûter.  Les chanceux, encore inconscients de leurs flopées de coups de soleil, peuvent à présent pleinement profiter de jeux de plage ou d’une ultime baignade facilement atteignable à la marée montante. Les groupes de jeunes ados, allongés en étoile de mer, organisent le rendez-vous du soir sur le port. La lumière est sublime, apaisante et transmet ses reflets sur les visages rayonnants.    

Le château sur son promontoire de roche, revêt sa teinte orange inimitable . Les bateaux ivres de soleil et de sel, rentrent de leur partie de pêche. Ils sont parfois suivis par une horde de goélands bruyants qui se battent même en l’air pour tenter de récupérer un morceau du butin.  L’arrivée des pêcheurs en canot sur la plage est parfois périlleuse ; il faut gérer la fourberie des vaguelettes, pour éviter la chute en descendant de la barque. Quelques baigneurs curieux viennent à la rencontre des pêcheurs qui remontent leur annexe vers le haut de la plage. A cet endroit, les petites embarcations se retrouvent collées serrées et semblent partager les exploits de la journée passée. On montre discrètement le contenu de la pêche miraculeuse, enfouie dans un sac Super U pour ne pas attirer l’attention : maquereaux, congres, bars et même parfois, on peut apercevoir les antennes d’un homard….


Du coté des cabanes islaises, les barbecues s’affairent : les première effluves de fenouil sauvage et de poissons grillées, chatouillent nos narines alors que nous nous apprêtons à remonter sur nos vélos. On resterait bien avec les habitants de l’Ile, pour partager un verre et discuter ensemble du temps qu’il fera demain.  Mais tout naturellement, les vacanciers s’éclipsent pour laisser aux islais le privilège de savourer le calme retrouvé et le spectacle de la lumière du coucher de leur île. La lune prendra le relai et posera sur la mer des reflets de cuivre martelé. 


Demain, les Sabias auront une toute autre allure, les vents auront tourné et sont à présent plein sud. La plage est méconnaissable mais toute aussi sublime. La mer est délavée dans des tons gris vert brassés, comme lessivée par la force du vent. Au loin, le socle rocheux du château est en pleine séance de jacuzzi géant. Les vagues sont maintenant formées et laissent sur le sable des traces d’écume éphémère, qui parfois vole dans les airs, comme des flocons d’été.

En haut de la plage, sur la dune, on distingue une ou plusieurs silhouettes hypnotisés par le spectacle mais qui surveillent également que les bateaux amarrés ont le coeur et l’ancre bien accrochés. 


Ainsi vont Les Sabias, anse à l’équilibre parfait des éléments qui la composent : taille, sable, rochers frôlent le sur-mesure. Et puis ce petit quelque chose en plus, que je ne saurais expliquer mais qui m’oblige à m’y rendre régulièrement, dès que j’ai la chance de retourner sur l’ile. Se poser sur un rocher, contempler l’horizon, marcher, respirer les Sabias, faire le plein d’une énergie iodée et de bonnes vibrations que je pourrais utiliser comme un anticyclone, en cas d’une humeur météo que je qualifierais d’instable...


Merve’YEUsement vôtre


lundi 31 juillet 2023

Port-Joinville, 7h30 un jour d'été




J’ai la chance depuis mon plus jeune âge, de passer une partie de mes vacances à l’Ile d’Yeu. J’y suis précieusement attachée et je puise chaque été, un stock de ressources en lumières, sons,  parfums, couleurs et paysages, dont je ne me lasserai jamais. Les années passant, j’ai l’impression que la folie touristique s’amplifie mais s’il est un moment qui reste préservé, c’est celui du matin, sur le port, alors que la plupart des vacanciers dorment encore.

Pour s’y rendre, le trajet à bicyclette est déjà un avant-goût délicieux. La fraîcheur du vent  discret du matin, agit sur le visage comme une lotion tonique. Les routes toutes désertes, sont bordées de maisons blanches, dont les volets colorés, lovés l’un contre l’autre, donnent aux façades immaculées, un air paisible de visage endormi.
A l’arrivée sur le port, la lumière est toute douce et le ciel nuageux peut admirer son reflet dans une mer reposée, disciplinée, qui n’a pas encore fait de vagues. L’eau dans le port est lisse et les seules rides observées, sont celles provoquées par les rares bateaux qui ont attendu le petit matin pour discrètement mettre les voiles

Port-Joinville n’est pas encore "habillé" ; on sort tout juste les premières tables et chaises des cafés qui ont veillé tard la nuit et qui frôlent la gueule de bois. Les pyramides roulantes de cartes postales sont en cours d’installation. Les stands du marché aimeraient faire la grasse matinée mais le poulet doit rôtir et les tartes aux pruneaux dans leur épais papier blanc crème, attendent d’être embarquées au-dessus des paniers à bicyclette.
Le Café du centre lui, est déjà animé par tous ses habitués venus prendre un remontant, échanger quelques mots avant d’embaucher pour la journée. Maryline (@marylineyeu) savoure sa boisson, face au port, après avoir posté sa photo de paysage islais et son message de bonne humeur du jour. 
Plus loin sur le quai, une courte file indienne s’est formée devant le petit chalutier qui vient d’accoster pour y débarquer son butin matinal, des sardines fraîchement pêchées.
Le port est silencieux à l’opposé des mouettes qui, en plus d’être rieuses, sont déjà très bavardes. 
Les parcs à vélo savourent leurs derniers instants de quiétude avant la proche colonisation. Dans une poignée de minutes, retrouver son deux-roues relèvera de la prouesse visuelle.
Le soleil donne à présent à la mer des reflets tout dorés, que mêmes les goélands de leurs regards agressifs, prennent le temps de contempler, avant de s’envoler vers les diverses destinations  de la côte sauvage.

Derrière, dans les ruelles du port, ça sent le croissant chaud et la brioche tressée. Il est temps de rentrer, la foule va débarquer. Port-Joinville est maintenant prête ;  Alain Duhamel ira dans la matinée s’installer comme à son habitude, pour lire sa presse, à une terrasse de café encore partiellement occupée. La Reine de la Gaufre ouvrira ses portes, et de là-haut, sur son nuage de chantilly, Tatie Bichon observera ce port en pleine activité jusqu’à la nuit tombée.

samedi 27 janvier 2018

Parenthèse iodée



Ile d'Yeu-chateau-Sabias
Photo Rodrigue Laurent Photographie (Facebook et Instagram)



Je ne sais pas vous mais ce vent impertinent et cette grisaille pleurnicharde qui nous poursuivent depuis plusieurs semaines, commencent sérieusement à attaquer mes cellules de bonne humeur, voire de félicité.
Alors, pour rester dans le positif, j’imagine et visualise le spectacle maritime que cette météo capricieuse a malgré tout, le don de provoquer. Merci d’ailleurs Rodrigue Laurent pour vos photos et films sur Facebook qui sont des trésors de lumière et ont nourri mon inspiration.
Je vous propose une parenthèse iodée, qui je l’espère, vous permettra de vous évader, de respirer la mer, d’imaginer, visualiser la lumière et les couleurs de l’océan, d’écouter la voix des vagues et peut-être même de ressentir l’air marin.

Depuis toute petite, je suis formatée aux vacances d’été au bord de la mer. Si aujourd’hui une trêve maritime reste non négociable en période estivale dans notre agenda de vacances, je ne suis pas contre non plus, quelques doses d’embruns en hiver, bien au contraire. La mer à cette époque est un véritable antidote, un remède à la déprime.
Quoi de plus vivifiant que de sortir chaudement couvert, se promener sur la côte, les yeux perlés de larmes provoquées par la force du vent. Rien ne sert d’insister, la capuche ne tiendra pas et c’est plutôt une bonne chose car finalement nos cheveux prennent aussi l’air ; le mélange embrun/pluie façonne des coiffures qui ne verraient le jour nulle part ailleurs. Et le goût du sel dans les cheveux a quelque chose de savoureux qui rappelle la baignade.
En lutte contre les rafales, à la limite de vaciller, le son et lumières s’offre à nous qui restons malgré tout debout. Par gros temps, quand le ciel est gris plomb, la palette de couleurs de l’océan évolue plutôt dans des verts un peu passés, délavés, totalement mélangés. Les gouttes de pluies forment, à l’impact de l’océan, une multitude de mini cratères éphémères.
Le blanc des vagues donne à la mer, par endroits au niveau des rochers, des allures de jacuzzi. Près du bord, l’écume blanche légèrement jaunie, s’accumule en paquets, pour à la fin former un tapis inquiétant car par endroit mouvant. La mer est lessivée d’une tempête qui s’achève.
Sur le rivage, la mousse se soulève, vole au vent comme des flocons transgéniques et vient parfois se coller sur la lande détrempée. Semblable au bain moussant, elle ne vivra qu’un bref instant.
Au loin l’océan joue les caméléons et se confond avec le ciel qui a perdu de ses couleurs, en activant le progamme économie d'énergie. Quelques rares intrépides goélands, saoulés par les bourrasques et la pluie en ondées, se laissent planer en toute confiance, à la limite de l’overdose.
Les vagues se succèdent dans leur paradoxe de nonchalance au moment de leur formation, et de violence à l’instant de l’impact.  On attend l’explosion comme un bouquet final.  Et on assiste alors à la transformation d’une vague à la trajectoire horizontale, en un monstre d’écumes aux contours incertains.
Tel un feu d’artifices, les projections retombent en mode ralenti. "Allez encore une dernière et on rentre. Là, regarde celle qui arrive, c’est un mur qui s’approche, elle va faire un carnage."
On veut saisir l’instant, celui où la vague fume, rejette sa "roche liquide", ou prend la forme de pâte de berlingot, cet aspect à la fois lisse et strié.
Et le succès de ce spectacle réside également dans la qualité de la bande son, les grondements de l’océan, les vocalises du vent, lorsque la vague se soulève et qu’elle se brise enfin.
Et puis sans que l'on s’en aperçoive, le ciel change de tableau ; le Peintre ajoute de l’or et quelques espaces bleus. Les nuages récupèrent, reprennent des couleurs grâce aux rayons qui percent. La mer maintenant calmée, se pare de tâches rosées et parfois orangées. Le vent s’en est allé et tout semble apaisé. Sur la plage, la mer est descendue et a repris son rythme…de croisière.  Les vagues se font plus douces et les galets se laissent aller à des discussions endiablées, emportés par la marée.
Au loin, à gauche de la baie, les ruines du château qui paraissaient si sombres, sont à présent éclairées comme le plus prestigieux des monuments historiques, à la différence près que cette lumière idéale provient du ciel et des reflets de l'eau. Et ce qu’il y a de magique, c’est que l’éclairage de ce jour n'aura rien à envier à celui de demain.
Parfois lorsque la nuit tombe, si le ciel reste sombre, la mer se transforme en un vaste réservoir d’encre de chine.
Et puis dans quelques jours, la pleine lune s’invitera. La mer prendra des allures de bracelet argenté dont le métal a été martelé.
Le vent est le styliste de la mer et le ciel son accessoiriste : quand le vent dessine les formes de la robe de l’océan, le ciel lui, se préoccupe de ses couleurs.

Voilà, j’aurais pu vous parler de la mer turquoise et verte des îles caraïbes, celle qui n’a aucune ride et qui finalement peut paraitre insipide. J’ai préféré "la collection d'hiver" et vous plonger dans une mer plus présente, tonifiante et vivante, ce qui, je l'espère, vous a permis de flotter un court instant au travers d’images et de sons bienfaiteurs.


Mer / veilleusement vôtre.